La junte malienne traverse une zone de turbulences sans précédent. Sous la pression conjuguée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda) et de l’État islamique au Sahel, le régime militaire installé à Bamako depuis août 2020 voit son emprise territoriale se contracter et son économie de guerre se gripper. La crise du carburant, devenue chronique dans plusieurs régions, illustre l’ampleur du desserrement sécuritaire. Pour autant, le pouvoir militaire ne s’écroule pas : il encaisse, plie, mais tient.
Une junte malienne sous pression militaire et logistique
Les groupes armés terroristes ont changé de braquet. En multipliant les embuscades sur les grands axes routiers, notamment celui qui relie le Mali à la Côte d’Ivoire, ils étranglent les flux d’hydrocarbures vers Bamako. Les files d’attente devant les stations-service de la capitale sont devenues l’image emblématique d’un État qui peine à sécuriser ses approvisionnements stratégiques. Cette guerre de l’arrière, méthodique, vise moins à conquérir des villes qu’à asphyxier l’économie urbaine et à miner la légitimité du pouvoir militaire.
Le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé fin 2023, et la rupture avec la France ont laissé un vide opérationnel. Les forces armées maliennes (FAMa), épaulées par les instructeurs russes de l’ex-groupe Wagner reconfiguré sous le label Africa Corps, mènent des opérations contre-insurrectionnelles dont le bilan reste contesté. Concrètement, la profondeur stratégique du régime s’est rétrécie : des pans entiers du Centre et du Nord échappent au contrôle effectif de l’État central.
Le verrou politique d’Assimi Goïta tient encore
Sur le plan politique, le chef de la junte, le général Assimi Goïta, a verrouillé l’espace public. La dissolution des partis politiques en mai 2025, la prolongation indéfinie de la transition et l’écartement des voix dissidentes ont consolidé un pouvoir personnel adossé à l’appareil sécuritaire. Cette architecture autoritaire constitue paradoxalement un facteur de résilience : faute d’opposition organisée et de calendrier électoral, aucune alternative institutionnelle ne peut capitaliser sur les revers militaires pour faire basculer le régime.
L’arrimage à l’Alliance des États du Sahel (AES), aux côtés du Burkina Faso et du Niger, fournit par ailleurs un cadre diplomatique de substitution à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ce repli sur un bloc souverainiste, doublé d’un partenariat assumé avec Moscou, offre à Bamako des marges de manœuvre symboliques même lorsque les marges économiques se réduisent. Reste que ces alliances ne compensent pas la perte de coopération opérationnelle avec les partenaires occidentaux historiques.
Un scénario d’effritement plutôt que d’effondrement
L’hypothèse d’un effondrement brutal du régime, qui circule dans certains cercles diplomatiques de la sous-région, se heurte à plusieurs réalités. Premièrement, l’armée malienne, malgré ses pertes, demeure l’unique colonne vertébrale de l’État ; sa fragmentation déclencherait un chaos que ni les voisins ni les puissances impliquées ne souhaitent gérer. Deuxièmement, la population urbaine de Bamako, lasse de l’instabilité, n’a manifesté aucun appétit insurrectionnel comparable aux mobilisations de 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta.
Le scénario le plus probable est donc celui d’une érosion lente. La junte continuera de céder du terrain en zones rurales, de subir des chocs économiques en cascade et de durcir sa rhétorique souverainiste pour compenser ses échecs sécuritaires. À l’inverse, les groupes djihadistes, désormais en position de dicter le tempo, ont moins intérêt à provoquer un effondrement total qu’à transformer le Mali en sanctuaire d’une insurrection durable, à l’image de ce qu’ils opèrent dans les zones rurales du Burkina Faso voisin.
Pour les chancelleries de la sous-région, l’enjeu n’est plus tant de prévoir la chute de Bamako que d’anticiper les effets de contagion : pression migratoire, débordements transfrontaliers, recompositions sécuritaires en Mauritanie, au Sénégal et en Guinée. Le Mali fournit ainsi le laboratoire grandeur nature d’un État sahélien qui se déforme sans rompre, sous la double tenaille du terrorisme et de l’isolement diplomatique. Selon PressAfrik.
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