Alassane Ba publie le premier lexique bancaire français-pulaar

A young man sits with books in a library, focused on reading and studying.Photo : Mikhail Nilov / Pexels

La publication du Lexique spécialisé Banques/Finances Français-Pulaar marque une étape singulière dans le rapprochement entre langues africaines et terminologie financière. Son auteur, Alassane Ba, ancien Directeur général de Shelter Afrique, ex-haut responsable de la Banque africaine de développement (BAD) et ancien Directeur général par intérim d’Africa50, mobilise une expérience de plusieurs décennies au sommet de l’architecture financière africaine pour livrer un outil sans précédent. L’ouvrage s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation des langues vernaculaires, désormais intégrées aux politiques publiques, aux curricula scolaires et aux stratégies d’inclusion sur le continent.

Un projet linguistique au service de l’inclusion financière

Le pulaar, parlé par des dizaines de millions de locuteurs du Sénégal au Tchad en passant par la Mauritanie, le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria et le Cameroun, n’avait jusqu’ici jamais fait l’objet d’une codification systématique du vocabulaire bancaire et financier. Le projet d’Alassane Ba comble cette lacune en transposant dans cette langue les concepts clés de la comptabilité, des marchés de capitaux, de la microfinance ou encore de la régulation prudentielle. L’enjeu dépasse la simple curiosité académique. Il touche à la capacité des populations rurales et des opérateurs informels à comprendre, négocier et utiliser des produits financiers souvent libellés dans une langue étrangère.

Les politiques d’inclusion financière menées au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) butent régulièrement sur cette barrière de la langue. Les taux de bancarisation, encore modestes dans les zones où le pulaar prédomine, s’expliquent en partie par l’éloignement culturel des produits proposés. Un lexique de référence offre aux établissements bancaires, aux institutions de microfinance et aux régulateurs un socle commun pour concevoir des supports de communication adaptés.

Traduire les concepts sophistiqués de la finance moderne

L’exercice de transposition relève d’un défi méthodologique de premier plan. Comment rendre en pulaar des notions telles que « titrisation », « swap de taux », « ratio prudentiel » ou « actif sous-jacent » sans dénaturer leur sens technique ? Alassane Ba revendique une démarche méthodique, à mi-chemin entre l’expertise sectorielle et le travail lexicographique. Le lexique ne se contente pas de juxtaposer des équivalents. Il propose une grille de lecture qui mobilise le génie propre de la langue pour exprimer des réalités économiques contemporaines, depuis la finance islamique jusqu’aux instruments dérivés.

Ce travail intervient alors que plusieurs pays du Sahel ont engagé des réformes éducatives intégrant les langues nationales comme vecteur d’apprentissage. Le Sénégal, la Mauritanie et le Mali figurent parmi les États où le pulaar bénéficie d’un statut officiel ou para-officiel. La disponibilité d’un corpus financier structuré ouvre la voie à des formations professionnelles dispensées dans la langue maternelle des apprenants, notamment pour les agents de terrain des institutions de microfinance.

Une trajectoire au sommet de la finance africaine

L’auteur n’est pas un inconnu dans l’écosystème financier continental. À la tête de Shelter Afrique, institution panafricaine dédiée au financement du logement, il a piloté des opérations dans une trentaine de pays. Son passage à la BAD et à Africa50, plateforme d’investissement dans les infrastructures, lui confère une connaissance fine des instruments mobilisés pour mobiliser l’épargne et orienter les flux vers les économies réelles. Cette double culture, technique et institutionnelle, irrigue le contenu du lexique.

La démarche pourrait essaimer. D’autres langues africaines à forte audience, du wolof au haoussa en passant par le bambara ou le swahili, manquent encore d’outils comparables dans le domaine bancaire. La publication d’Alassane Ba dessine un modèle reproductible, susceptible d’alimenter une véritable stratégie continentale de souveraineté linguistique appliquée aux secteurs régaliens de l’économie. Reste à mesurer l’appropriation par les acteurs financiers et les autorités de tutelle, condition d’une diffusion à grande échelle. Selon Financial Afrik, l’ouvrage constitue une première du genre dans le paysage éditorial africain.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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