L’avertissement de S&P Global Ratings tombe à un moment charnière pour le Sénégal. Zahabia Gupta, en charge du suivi souverain du pays au sein de l’agence de notation, prévient que l’absence d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) pèserait lourdement sur la capacité de Dakar à financer ses besoins et à préserver la confiance des marchés. Le pays, dont la note souveraine demeure scrutée par les investisseurs, traverse une séquence budgétaire tendue depuis la révélation, à l’automne 2024, d’écarts statistiques majeurs sur la dette publique héritée du précédent régime.
Une note souveraine suspendue au verdict du FMI
Pour S&P, l’équation est claire : sans cadre formel avec le Fonds, le Sénégal s’expose à un durcissement des conditions de financement et à une pression accrue sur sa notation. L’agence souligne que les discussions techniques en cours entre Dakar et Washington conditionnent à la fois le retour des décaissements multilatéraux et l’accès à des guichets concessionnels. Un accord ouvrirait par ailleurs la voie à un appui budgétaire de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, dont les calendriers restent suspendus à la signature d’un programme.
La position de Zahabia Gupta s’inscrit dans une lecture prudente du risque souverain ouest-africain. Le Sénégal a vu sa notation dégradée à plusieurs reprises depuis le constat, validé par la Cour des comptes, d’un endettement réel supérieur aux chiffres officiellement déclarés sous la précédente administration. Cette révision a fait bondir le ratio de dette publique au-delà de 100 % du PIB, plaçant Dakar dans une zone d’alerte pour les agences et les bailleurs.
Un cadrage budgétaire sous tension
Le gouvernement dirigé par Ousmane Sonko défend depuis plusieurs mois un plan de redressement reposant sur la rationalisation des dépenses, l’élargissement de l’assiette fiscale et la renégociation de certains contrats publics. Les autorités misent également sur la montée en puissance des recettes issues des hydrocarbures, avec le démarrage effectif du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim opéré par BP et Kosmos Energy, ainsi que sur la production pétrolière de Sangomar. Reste que ces flux ne suffiront pas, à court terme, à compenser un service de la dette dont la pression s’intensifie en 2025 et 2026.
Dans ce contexte, la signature d’un nouveau programme avec le FMI fait office de sésame. Elle apporterait à la fois un volant de liquidités, un label de crédibilité et un cadre de surveillance susceptible de rassurer les détenteurs d’eurobonds sénégalais. Plusieurs émissions arrivent à maturité dans les prochaines années, et les spreads observés sur le marché secondaire traduisent une nervosité persistante des investisseurs face au profil de risque du pays.
Le marché des eurobonds en ligne de mire
Zahabia Gupta insiste sur la dimension réputationnelle du dossier. Pour S&P, l’absence d’accord renverrait un signal négatif aux marchés internationaux et compliquerait toute tentative de refinancement sur les places obligataires. À l’inverse, un cadre négocié avec le Fonds permettrait au Trésor sénégalais de revenir, dans de meilleures conditions, vers les investisseurs étrangers et d’envisager des opérations de gestion active du passif.
La perspective d’un programme suppose toutefois une revue préalable approfondie des comptes publics et un engagement crédible sur la trajectoire d’assainissement. Les services du FMI conditionnent traditionnellement leurs appuis à des cibles précises de déficit, d’arriérés intérieurs et de transparence budgétaire. Le travail de la Cour des comptes, qui a permis d’établir une photographie révisée de la dette, constitue un préalable apprécié à Washington, mais il devra être complété par des mesures structurelles tangibles.
Au-delà du seul Sénégal, l’alerte lancée par S&P entre en résonance avec la prudence affichée par les agences sur l’ensemble de la zone UEMOA. La hausse des coûts d’emprunt, la sélectivité accrue des investisseurs internationaux et l’érosion des marges budgétaires placent plusieurs souverains de la sous-région dans une logique de négociation renforcée avec les institutions multilatérales. Pour Dakar, la fenêtre d’opportunité pour conclure avec le FMI se rétrécit à mesure que les échéances de remboursement approchent. Selon Seneweb, la responsable de S&P estime que le scénario d’une absence d’accord constituerait l’hypothèse la plus défavorable pour la trajectoire souveraine du pays.
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