Le groupe minier Endeavour Mining revendique une contribution cumulée de 1 710 milliards de FCFA à l’économie ivoirienne entre 2021 et 2025, un chiffre qui replace la Côte d’Ivoire au centre de la stratégie aurifère du producteur canadien. L’annonce intervient alors qu’Abidjan cherche à consolider un secteur aurifère devenu l’un des relais de diversification de son économie, historiquement adossée au cacao et aux hydrocarbures. Elle éclaire aussi la pression croissante exercée sur les majors miniers pour documenter leur empreinte fiscale et sociale dans les pays hôtes.
Endeavour Mining, pilier discret du secteur aurifère ivoirien
Coté à Londres et Toronto, Endeavour Mining exploite en Côte d’Ivoire les gisements d’Ity, dans l’ouest du pays, et de Lafigué, mis en service en 2024 dans le nord. Les deux actifs placent le groupe parmi les premiers producteurs d’or de la sous-région ouest-africaine, aux côtés de ses opérations sénégalaises et burkinabè. La montée en puissance de Lafigué, dont le démarrage commercial a été acté l’an dernier, explique en partie l’ampleur des flux financiers désormais mis en avant par la compagnie.
Les 1 710 milliards de FCFA revendiqués sur cinq ans, soit environ 2,8 milliards de dollars, agrègent plusieurs postes : impôts et taxes versés à l’État, salaires, achats auprès de fournisseurs locaux, dividendes et investissements sociaux. Cette lecture élargie de la contribution économique est devenue un standard de communication chez les majors miniers, à mesure que les débats sur la répartition de la rente aurifère s’intensifient en Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire, qui a produit 51 tonnes d’or en 2023 selon les données officielles, entend porter cette production au-delà de 60 tonnes à moyen terme.
Une contribution qui interroge le partage de la rente
Le montant avancé recouvre une réalité fiscale sensible. Le nouveau code minier ivoirien, entré en vigueur en 2014 puis complété par des textes d’application successifs, a relevé la fiscalité applicable aux exploitants tout en préservant des marges de compétitivité destinées à attirer les investisseurs. Les redevances proportionnelles au cours de l’or, aujourd’hui installé au-dessus de 2 600 dollars l’once, gonflent mécaniquement les recettes de l’État. Reste que la part des dépenses locales, souvent mise en avant par les compagnies, ne recouvre pas systématiquement une valeur ajoutée captée sur le territoire national.
La comparaison avec les voisins burkinabè et malien souligne la spécificité ivoirienne. À Ouagadougou comme à Bamako, les juntes militaires ont durci les codes miniers et exigé des renégociations de conventions, poussant plusieurs opérateurs à réévaluer leur exposition régionale. Abidjan a fait le choix inverse d’une stabilité contractuelle, misant sur la prévisibilité pour capter des capitaux réorientés depuis les zones instables du Sahel. La communication d’Endeavour s’inscrit dans ce contexte concurrentiel, où chaque juridiction cherche à démontrer l’attractivité de son cadre.
Contenu local et acceptabilité sociale, l’autre front
Au-delà des chiffres agrégés, la question du contenu local structure désormais les rapports entre les mineurs et les autorités. Endeavour met en avant ses achats auprès de PME ivoiriennes, ses programmes de formation et ses investissements communautaires autour des sites d’Ity et de Lafigué. Ces actions répondent aux exigences réglementaires imposant aux titulaires de permis un plan de développement local, financé par un prélèvement sur le chiffre d’affaires. Elles visent aussi à désamorcer les tensions foncières et environnementales qui accompagnent l’extension des emprises minières.
La trajectoire du groupe en Côte d’Ivoire dépendra également des perspectives d’exploration. Endeavour dispose d’un portefeuille de permis dans la ceinture de roches vertes birimienne, particulièrement prospective, et poursuit ses travaux pour renouveler ses réserves. À l’échelle du continent, la major reste exposée à un environnement sécuritaire dégradé au Burkina Faso, ce qui renforce le poids stratégique du hub ivoirien dans son portefeuille global. Pour Abidjan, la consolidation de cette relation représente un levier budgétaire non négligeable, à l’heure où le gouvernement cherche à contenir le déficit sous la barre des 3 % du PIB.
Selon Abidjan.net, la publication de ces données s’inscrit dans une démarche de transparence financière assumée par le groupe minier.
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