Gambie : Eni s’implante sur le bloc offshore A1 pour explorer

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu / Pexels

La compagnie pétrolière italienne Eni a officialisé son entrée sur le bloc offshore A1 de la Gambie, étendant ainsi son périmètre d’exploration dans le golfe de Guinée élargi. L’opération s’inscrit dans une séquence d’acquisitions cohérente, amorcée quelques semaines plus tôt en Guinée voisine, où la major avait sécurisé plusieurs permis d’exploration. Pour Banjul, qui cherche depuis plusieurs années à valoriser son potentiel d’hydrocarbures, l’arrivée d’un opérateur de ce calibre marque une étape attendue.

Le bloc A1 est situé en eaux gambiennes, dans une zone géologique considérée comme prometteuse en raison de sa proximité avec les bassins sédimentaires sénégalais et mauritanien. Ces derniers ont vu émerger ces dernières années des découvertes majeures, notamment le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, exploité conjointement par la Mauritanie et le Sénégal. La continuité géologique entre ces zones nourrit l’hypothèse de gisements significatifs encore non identifiés au large de la Gambie.

Une stratégie ouest-africaine assumée par Eni

L’opérateur italien construit méthodiquement une présence régionale qui dépasse la seule logique opportuniste. Après avoir consolidé ses positions au Mozambique, en Côte d’Ivoire et en République du Congo, le groupe dirigé par Claudio Descalzi déploie un arc d’exploration qui couvre désormais une portion notable de la façade atlantique. L’entrée en Guinée, annoncée récemment, avait déjà signalé un appétit renouvelé pour des zones jusqu’ici considérées comme secondaires par les majors.

Cette logique d’implantation s’appuie sur une lecture précise des cycles d’investissement. Les zones frontières, longtemps délaissées au profit de bassins matures, redeviennent attractives à mesure que les coûts d’exploration baissent et que la demande mondiale en gaz naturel se redessine. Eni, qui a fait du gaz un pilier de sa transition énergétique, cherche à sécuriser des ressources mobilisables à moyen terme pour alimenter ses débouchés européens et asiatiques.

Un signal pour la souveraineté énergétique gambienne

Pour la Gambie, État de moins de trois millions d’habitants longtemps absent des cartes pétrolières régionales, l’opération représente un levier diplomatique et budgétaire potentiel. Les autorités de Banjul ont multiplié ces dernières années les démarches pour attirer des opérateurs internationaux, dans un contexte où les pays voisins captaient l’essentiel des investissements en amont. La signature avec Eni rebat partiellement les cartes.

Reste que l’exploration n’est pas la production. Le délai entre les premières campagnes sismiques et un éventuel premier baril, lorsque les découvertes sont confirmées, dépasse fréquemment la décennie. Les retombées immédiates pour l’économie gambienne se limiteront donc, dans un premier temps, aux contreparties contractuelles, à la formation locale et aux services associés à la phase d’exploration. La capacité du gouvernement à négocier des clauses de contenu local déterminera l’ampleur de l’effet d’entraînement.

Par ailleurs, l’arrivée d’Eni intervient dans un environnement régional sous tension. La compétition entre majors européennes, chinoises et américaines pour les blocs ouest-africains s’intensifie, portée par la quête de diversification des approvisionnements consécutive à la guerre en Ukraine. Les pays côtiers du golfe de Guinée et de la zone sénégambienne disposent ainsi d’une fenêtre de négociation favorable, à condition de structurer rapidement leurs cadres réglementaires.

Vers une nouvelle cartographie de l’amont régional

L’investissement annoncé sur le bloc A1 s’ajoute à une série de mouvements qui redessinent la géographie pétrolière de l’Afrique de l’Ouest. BP, Kosmos Energy, Woodside et désormais Eni occupent des positions complémentaires entre la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, dessinant un corridor d’exploration continu. Cette densification pourrait, à terme, favoriser l’émergence d’infrastructures partagées, notamment dans le segment du gaz naturel liquéfié.

L’enjeu, pour les États producteurs émergents, sera de capter une part équitable de la valeur créée tout en évitant le piège d’une économie de rente mono-sectorielle. Les exemples sénégalais et mauritanien, encore en phase d’apprentissage, offrent un référentiel utile à la Gambie. Selon PressAfrik, l’opération marque l’entrée formelle d’Eni dans le périmètre offshore gambien.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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