Le Zimbabwe accélère sa remontée dans la chaîne de valeur du lithium. Bikita Minerals, l’un des principaux exploitants de spodumène du pays, se prépare à ériger une usine de sulfate de lithium dans le cadre d’un programme d’investissement chiffré à 400 millions de dollars. L’annonce confirme la volonté du gouvernement zimbabwéen de transformer localement une ressource jusqu’ici largement exportée sous forme de concentré, à destination des raffineries chinoises et, plus marginalement, européennes.
Un pari industriel adossé à la ressource de Bikita
Située dans la province de Masvingo, la mine de Bikita compte parmi les gisements de lithium les plus anciens et les plus riches du continent. Contrôlée depuis 2022 par le groupe chinois Sinomine Resource Group, elle a déjà bénéficié d’une première vague d’investissements portant sur la modernisation de ses installations de concentration. La nouvelle enveloppe de 400 millions de dollars marque un changement d’échelle : il ne s’agit plus seulement d’extraire et de concentrer, mais de produire un intermédiaire chimique directement utilisable par l’industrie des batteries.
Le sulfate de lithium constitue un maillon technique entre le concentré de spodumène et le carbonate ou l’hydroxyde de lithium qualité batterie. En intégrant cette étape sur le sol zimbabwéen, Bikita Minerals réduit son exposition aux fluctuations des marges de raffinage et augmente mécaniquement la valeur unitaire de ses expéditions. Pour Harare, le gain fiscal et logistique attendu justifie l’appui apporté aux projets de transformation locale, encouragés depuis l’entrée en vigueur, fin 2022, de l’interdiction d’exporter du minerai brut de lithium.
Le Zimbabwe face à la course régionale à la transformation
Le pays d’Emmerson Mnangagwa figure parmi les premiers producteurs africains de lithium, aux côtés de la Namibie et, à un horizon plus lointain, de la République démocratique du Congo et du Mali. La concurrence pour capter les investissements de la filière batteries s’intensifie, alors que les cours du carbonate de lithium, après un pic historique en 2022, ont sévèrement corrigé sur les marchés asiatiques. Ce contexte de prix bas pénalise les producteurs peu intégrés et rend d’autant plus stratégique la montée en gamme.
Sinomine, actionnaire de Bikita, s’inscrit dans la stratégie chinoise de sécurisation amont des minerais critiques. Pékin cherche à conforter ses positions dans un secteur où l’Occident, sous l’impulsion notamment de l’Inflation Reduction Act américain et du règlement européen sur les matières premières critiques, tente de rebâtir des chaînes d’approvisionnement alternatives. Le choix d’implanter une unité de sulfate au Zimbabwe illustre la double logique du groupe chinois : rapprocher la transformation de la mine et anticiper d’éventuelles restrictions à l’exportation de produits intermédiaires.
Retombées attendues et zones d’incertitude
Sur le plan macroéconomique, les autorités zimbabwéennes tablent sur une hausse significative des recettes issues du secteur minier, qui représente déjà plus de 60 % des exportations du pays. La production locale de sulfate de lithium doit également générer des emplois qualifiés, structurer un tissu de sous-traitants et renforcer les compétences dans la chimie extractive, aujourd’hui peu développée en Afrique australe hors Afrique du Sud.
Plusieurs incertitudes demeurent néanmoins. La rentabilité de l’unité dépendra du niveau des cours mondiaux au moment de sa mise en service, mais aussi de la fiabilité du réseau électrique zimbabwéen, régulièrement fragilisé par des délestages qui affectent l’industrie minière. La disponibilité de devises, dans une économie où l’accès au dollar reste contraint, constitue un autre point de vigilance pour un projet dont les intrants chimiques seront en grande partie importés. Reste enfin la question du calendrier précis de construction et de démarrage, que les acteurs n’ont pas détaillé publiquement à ce stade.
Si le programme tient ses promesses, le Zimbabwe pourrait devenir, à l’horizon de la fin de la décennie, l’un des premiers pays africains à exporter un produit lithié à forte valeur ajoutée plutôt que du minerai. Selon Financial Afrik, l’usine s’inscrit au cœur d’une stratégie industrielle de 400 millions de dollars portée par Bikita Minerals.
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