Le projet de bauxite de Minim Martap, porté au Cameroun par la junior australienne Canyon Resources via sa filiale locale Camalco, entre dans sa phase logistique décisive. La société a précisé que les sept premières locomotives commandées au constructeur chinois CRRC Ziyang Co. Ltd sont attendues au port de Douala à la fin du deuxième trimestre 2026. Les premiers wagons suivront en juillet et la première expédition commerciale est désormais programmée pour la fin du troisième trimestre 2026. Ce séquençage resserre un calendrier longtemps évoqué de manière plus prudente par l’opérateur.
Située dans la région de l’Adamaoua, la mine de Minim Martap figure parmi les gisements de bauxite les plus convoités du continent. Canyon Resources fait état de ressources minérales estimées à environ 1,1 milliard de tonnes et de réserves de minerai de 144 millions de tonnes. Surtout, la qualité du minerai — une teneur d’environ 51% en alumine et une faible concentration en silice autour de 2% — en fait un produit recherché par les raffineurs d’alumine, dans un marché mondial tendu par la demande des fonderies asiatiques et la transition vers des chaînes d’approvisionnement diversifiées.
Un dispositif ferroviaire calibré pour évacuer la bauxite vers Douala
L’évacuation du minerai constitue le véritable point de vulnérabilité du projet. Camalco a passé commande de 22 locomotives diesel auprès de CRRC Ziyang, ainsi que d’un premier lot de 560 wagons ouverts auprès de l’indien Texmaco Rail & Engineering Limited. Une option additionnelle porte sur 1 040 wagons supplémentaires, livrables sur les cinq prochaines années à mesure que la production montera en cadence. Ce matériel roulant doit acheminer la bauxite depuis l’Adamaoua jusqu’au port de Douala, principal débouché maritime retenu.
Sur le terrain, les travaux progressent sur plusieurs fronts simultanément. Canyon Resources indique que la pose des rails a démarré au niveau de l’installation ferroviaire intérieure, tandis que les terrassements avancent côté portuaire à Douala. L’opérateur entend constituer en parallèle des stocks tampons à la mine, sur la plateforme ferroviaire et au port, afin de garantir le chargement du premier navire sans rupture d’approvisionnement. Cette stratégie d’accumulation préalable vise à compenser tout aléa logistique pendant les premières semaines d’exploitation.
Une montée au capital de Camrail pour sécuriser le corridor
La maîtrise du corridor ferroviaire est devenue un enjeu capitalistique. Canyon Resources a porté sa participation dans Camrail, concessionnaire historique du réseau ferré camerounais, à 26,9%. Cette montée progressive — engagée dès mars 2025 avec une première prise de 9,1% pour 1,4 milliard de FCFA — répond à un impératif d’intégration verticale. En sécurisant un droit de regard sur l’exploitant ferroviaire, la junior australienne cherche à garantir des sillons fiables entre l’Adamaoua et le littoral, et à arrimer la cadence des trains miniers à son plan d’exportation.
L’enveloppe globale dédiée au matériel roulant, aux infrastructures ferroviaires et aux installations portuaires est estimée à environ 252,6 milliards de FCFA. Ce montant illustre l’ampleur des investissements connexes que mobilise un projet minier d’envergure dans un pays où l’infrastructure de transport reste l’un des goulets d’étranglement structurels. Pour Yaoundé, la mise en exploitation de Minim Martap ouvrirait un nouveau chapitre de la diversification minière, après plusieurs années d’études, de négociations et de délivrance progressive de permis, dont le quatrième permis d’exploitation accordé à Canyon Resources en septembre 2024.
Un calendrier conditionné à la fiabilité de la chaîne intégrée
L’échéance de septembre 2026 reste suspendue à trois variables. La livraison effective des locomotives et des wagons commandés en Chine et en Inde, l’achèvement des travaux de voies et des terrassements portuaires à Douala, et la capacité de Camalco à constituer des stocks suffisants en amont du premier chargement maritime. À l’horizon, l’enjeu se déplacera vers la montée en cadence du gisement, conçue de manière progressive. La réussite de Minim Martap se jouera autant sur la richesse du minerai que sur la robustesse du corridor reliant la mine, le rail et le port. Selon Investir au Cameroun, l’opérateur australien maintient pour l’heure son ambition d’une première cargaison avant la fin septembre 2026.
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