Sanaa refoule des navires saoudiens du détroit de Bab el-Mandeb

Aerial shot of a red cargo ship docked at an industrial port with clear blue water.Photo : abdo alshreef / Pexels

Le détroit de Bab el-Mandeb, verrou stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden, devient un nouveau théâtre de confrontation entre Sanaa et Riyad. Selon les informations rapportées, les autorités houthies contrôlant la capitale yéménite ont commencé à refouler des navires battant pavillon saoudien ou liés à des intérêts saoudiens, marquant l’entrée dans une phase concrète du blocus qu’elles annonçaient depuis plusieurs semaines. Cette mesure vise directement l’un des poumons maritimes du royaume et de la région du Golfe.

Un blocus maritime qui change d’échelle à Bab el-Mandeb

Jusqu’ici, les opérations menées par les forces de Sanaa dans le sud de la mer Rouge ciblaient principalement des navires présentés comme liés à Israël ou à ses partenaires commerciaux, en soutien à Gaza. Le passage à des interceptions visant explicitement des bâtiments saoudiens constitue une inflexion tactique majeure. Il signale la volonté d’Ansar Allah d’étendre la pression au-delà du front israélien, en incluant les acteurs de la coalition arabe engagée au Yémen depuis 2015.

Le détroit de Bab el-Mandeb, large d’une trentaine de kilomètres à son point le plus étroit, voit transiter chaque année une part substantielle du commerce mondial d’hydrocarbures et de conteneurs. Toute perturbation prolongée dans ce goulet d’étranglement se répercute mécaniquement sur les primes d’assurance, les taux de fret et les routes empruntées, avec des contournements coûteux par le cap de Bonne-Espérance déjà largement observés depuis fin 2023.

Riyad face à un dilemme stratégique

Pour l’Arabie saoudite, l’annonce place le pouvoir en position délicate. Le royaume s’était engagé, depuis 2022, dans un processus de désescalade avec Sanaa, sous médiation omanaise, en parallèle du rapprochement diplomatique conclu avec l’Iran en mars 2023 à Pékin. Cette trêve informelle permettait à Riyad de recentrer ses ressources sur ses grands chantiers économiques, à commencer par la Vision 2030 et les projets d’infrastructures géants comme NEOM, dont plusieurs sites bordent précisément la mer Rouge.

Reprendre une posture offensive comporterait un coût politique et sécuritaire élevé, alors que les capacités balistiques et navales déployées par les Houthis se sont sensiblement étoffées. À l’inverse, laisser refouler ses navires sans réaction fragilise l’image de puissance régionale que Riyad projette vis-à-vis de ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe et de ses interlocuteurs occidentaux. Le port de Djeddah, principal débouché maritime du royaume sur la façade ouest, dépend directement de la libre circulation dans le détroit.

Une équation régionale sous tension

La décision de Sanaa intervient dans un contexte où les frappes menées par la coalition américano-britannique contre les positions houthies n’ont pas produit l’effet dissuasif escompté. Les groupes armés yéménites revendiquent au contraire une montée en puissance opérationnelle, avec des drones, des missiles antinavires et des embarcations rapides. Concrètement, la capacité à intercepter et à faire rebrousser chemin à des navires marchands illustre un contrôle effectif sur une portion du littoral yéménite dominant Bab el-Mandeb.

Les répercussions dépassent le cadre bilatéral saoudo-yéménite. L’Égypte, qui a vu les recettes du canal de Suez chuter de plus de moitié en 2024 selon ses propres autorités, redoute une aggravation du détournement du trafic. Les compagnies asiatiques, notamment chinoises et sud-coréennes, réévaluent en permanence l’équation risque-coût sur cette route. Djibouti et l’Érythrée, riverains du détroit sur la rive africaine, observent également avec attention l’évolution des rapports de force, avec des implications directes pour les bases militaires étrangères installées dans la Corne.

Reste que la portée réelle du blocus dépendra de la capacité de Sanaa à maintenir la mesure dans la durée et à l’articuler avec ses négociations en cours. Toute réponse militaire saoudienne, même limitée, pourrait faire voler en éclats la trêve fragile négociée sous l’égide d’Oman et rouvrir un cycle de frappes croisées interrompu depuis avril 2022. Selon Al Akhbar, les premières interceptions ont d’ores et déjà été confirmées par des sources proches du dossier à Sanaa.

Pour aller plus loin

Israël menace les habitants de Deraa d’un sort à la Bint Jbeil · Qatar, Égypte et Pakistan poussent pour une trêve américano-iranienne · Liban : deux ministres défient Aoun et Salam sur les crimes israéliens

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Sanaa refoule des navires saoudiens du détroit de Bab el-Mandeb"

Laisser un commentaire