Les contrats pétroliers au Sénégal vont retrouver une dynamique après huit années de gel. Le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Abdourahmane Diouf, a confirmé que l’attribution de nouveaux permis, suspendue depuis 2017, reprendrait avec une orientation claire : donner la priorité au secteur privé national. Cette annonce intervient alors que Dakar cherche à consolider son statut de producteur d’hydrocarbures, après le lancement effectif des projets gaziers et pétroliers offshore ces derniers trimestres.
Une pause de huit ans qui prend fin
Depuis 2017, aucune nouvelle licence n’a été délivrée sur le domaine minier pétrolier sénégalais. Ce moratoire de fait avait pour objet de laisser mûrir les gisements découverts, notamment Sangomar pour le pétrole et Grand Tortue Ahmeyim pour le gaz naturel liquéfié, opéré conjointement avec la Mauritanie. Le cadre juridique a également été revu en profondeur, avec l’adoption d’un code pétrolier révisé et le renforcement des exigences en matière de transparence.
La reprise des attributions marque donc un tournant. Elle signale que l’État sénégalais estime désormais disposer des instruments réglementaires et institutionnels suffisants pour ouvrir de nouveaux blocs à l’exploration. Reste que l’environnement mondial des hydrocarbures s’est profondément modifié depuis 2017, avec une prudence accrue des majors face aux actifs africains jugés à risque.
Le contenu local érigé en priorité
Le message d’Abdourahmane Diouf s’inscrit dans la doctrine défendue par les nouvelles autorités depuis leur arrivée au pouvoir en 2024 : renforcer la part des opérateurs nationaux dans la chaîne de valeur extractive. La loi sur le contenu local, adoptée en 2019, prévoit déjà des mécanismes de préférence pour les entreprises sénégalaises. L’exécutif entend en accélérer l’application concrète, en orientant les prochains blocs vers des consortiums où les acteurs privés du pays occuperont une place substantielle.
Cette orientation répond à une critique récurrente adressée aux contrats hérités de la période antérieure à 2012, jugés déséquilibrés en faveur des compagnies étrangères. Elle s’aligne également sur les revendications de souveraineté économique portées par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko depuis le début du mandat. Concrètement, il s’agit de faire émerger un tissu d’entreprises sénégalaises capables d’intervenir en amont comme en aval, du forage aux services parapétroliers.
Le pari n’est toutefois pas sans difficulté. Le secteur privé national sénégalais reste peu capitalisé face aux exigences financières et techniques de l’exploration pétrolière. Un puits offshore peut coûter plusieurs dizaines de millions de dollars, un ticket d’entrée hors de portée pour la majorité des sociétés locales sans partenariats internationaux structurés.
Un signal envoyé aux investisseurs
Au-delà de la dimension nationale, l’annonce vise à repositionner le Sénégal sur la carte régionale des juridictions pétrolières attractives. Dakar est en concurrence directe avec la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et le Ghana pour capter les capitaux d’exploration disponibles. La reprise des attributions constitue donc un signal politique adressé aux investisseurs, dans un contexte où plusieurs compagnies internationales ont récemment réévalué leurs portefeuilles africains.
Le calendrier précis des prochains appels d’offres n’a pas été détaillé publiquement. Le ministre Abdourahmane Diouf a néanmoins laissé entendre que le dispositif serait accompagné d’une révision des modalités contractuelles, afin de garantir un partage plus équitable de la rente entre l’État, les partenaires étrangers et les investisseurs sénégalais. La Société des pétroles du Sénégal (Petrosen), bras armé de l’État dans l’amont pétrolier, devrait jouer un rôle central dans l’articulation entre ces différentes catégories d’acteurs.
La crédibilité de la démarche se jouera sur la capacité des autorités à concilier deux objectifs parfois contradictoires : attirer les capitaux et l’expertise étrangers indispensables, tout en imposant une montée en puissance rapide du secteur privé national. Les premiers contrats attribués selon cette nouvelle grille serviront de test grandeur nature. Selon Dakaractu, le ministre a insisté sur le caractère non négociable de la préférence accordée aux entreprises sénégalaises dans ce nouveau cycle.
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