Minim-Martap : A2MP veut retirer Canyon Resources de la Bourse

Stunning aerial shot of Cava di Bauxite's vibrant lagoon in Apulia, Italy.Photo : Fabio Romanzi / Pexels

Le projet de bauxite de Minim-Martap, dans l’Adamaoua camerounais, entre dans une zone de turbulence financière. A2MP Investments, qui détient déjà 55,56 % de Canyon Resources, a formalisé le 29 juillet une offre publique d’achat non sollicitée et conditionnelle sur l’ensemble des titres qu’elle ne contrôle pas encore. Le document a été mis en ligne le même jour sur la plateforme de l’Australian Securities Exchange (ASX). L’objectif affiché est double : prendre le contrôle intégral de la société australienne et sortir Canyon de la cote pour l’aligner sur la stratégie minière africaine du groupe.

L’offre hors marché propose 0,05 dollar australien par action, soit une décote de 42,5 % sur le cours de clôture de 0,087 AUD enregistré la veille du dépôt. Elle valorise les fonds propres de Canyon à environ 103 millions AUD, et la valeur d’entreprise à près de 188 millions AUD après prise en compte de la dette nette. A2MP mobiliserait au maximum 45,82 millions AUD pour racheter les minoritaires, montant qui grimperait à 46,57 millions AUD si les options en circulation étaient exercées. Le groupe assure disposer d’environ 127 millions USD de trésorerie pour financer l’opération.

Une bataille sur les hypothèses de rentabilité de Minim-Martap

L’opération boursière masque un désaccord de fond sur l’économie du gisement camerounais. L’étude de faisabilité définitive publiée par Canyon Resources en septembre 2025 chiffrait la valeur actuelle nette du projet à 835 millions USD, pour un taux de rentabilité interne avant impôts de 29 %. Elle s’appuyait sur une prime moyenne d’environ 11 dollars par tonne, justifiée par une teneur élevée en alumine et une faible concentration en silice, deux caractéristiques recherchées par les raffineurs.

A2MP réévalue à la baisse cette prime, qu’elle situe désormais autour de 5 dollars par tonne sèche, sur la base de six mois de discussions avec des acheteurs potentiels. Dans le même mouvement, l’actionnaire majoritaire estime le coût du fret au démarrage entre 32 et 36 dollars la tonne, contre 17 dollars retenus par Canyon. À l’échelle d’une tonne exportée, ces deux révisions dégraderaient l’équation économique de 21 à 25 dollars. Le repreneur suggère par ailleurs que les assurances, droits à l’exportation, frais d’échantillonnage et coûts logistiques auraient été sous-estimés.

Cette relecture ne constitue pas une contre-étude complète : A2MP ne recalcule ni les volumes, ni l’ensemble des investissements. Le groupe ne s’en avance pas moins à affirmer que le projet pourrait ne plus être viable dans sa forme actuelle et avec les financements disponibles. Canyon évaluait l’enveloppe globale à 446 millions USD, dont 348 millions dédiés aux infrastructures ferroviaires reliant l’Adamaoua au port de Douala.

Un projet redimensionné et une chaîne de valeur intégrée

Au-delà de la contestation des paramètres financiers, A2MP dessine un autre scénario industriel. Si l’offre aboutit, l’acquéreur prévoit une revue stratégique complète des actifs et des opérations de Canyon. Le groupe indique qu’il pourrait renoncer à porter Minim-Martap au niveau de production annoncé, tout en poursuivant certains travaux miniers selon un calendrier et une échelle redéfinis. Le retrait de l’ASX libérerait la société des contraintes de cotation et permettrait une intégration plus étroite à la stratégie africaine du groupe.

A2MP dit vouloir bâtir au Cameroun une filière allant de l’extraction de la bauxite à la production d’alumine et d’aluminium. Le document reste toutefois silencieux sur les capacités visées, le coût des installations de transformation et leur calendrier. Cette ambition amont-aval contraste avec l’orientation purement extractive du projet initial.

Un calendrier qui glisse et un dilemme pour le Cameroun

La première expédition de bauxite, initialement prévue au premier semestre 2026, est désormais attendue au quatrième trimestre. Canyon indiquait fin juin avoir réceptionné les sept locomotives de la première phase, associées à 160 wagons, pour une capacité mensuelle d’environ 35 000 tonnes humides. Pour porter cette cadence à 105 000 tonnes par mois dès le troisième trimestre 2027, la compagnie chiffre à 160 millions USD les besoins additionnels de financement, destinés à l’achat de 15 locomotives, de 400 wagons et au renforcement du réseau ferré.

Sans cette mobilisation, la production plafonnerait autour de 420 000 tonnes par an, très en deçà du premier palier de 1,2 million de tonnes retenu par l’étude de faisabilité. Pour Yaoundé, un scénario resserré rognerait les recettes minières attendues, le trafic ferroviaire et l’activité du port de Douala. Le conseil d’administration de Canyon a demandé à ses actionnaires de suspendre toute décision jusqu’à la publication du Target’s Statement, qui devra s’accompagner d’une expertise indépendante sur le caractère équitable du prix proposé. Selon Investir au Cameroun, la confrontation oppose désormais deux visions industrielles pour la bauxite camerounaise.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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