La gouvernance des minéraux critiques figure désormais au cœur des débats stratégiques africains, à mesure que la transition énergétique mondiale intensifie la pression sur le cobalt, le coltan, le lithium et les terres rares. À Accra, la rencontre professionnelle qui a rassemblé industriels, régulateurs et représentants de la société civile a livré un diagnostic sans complaisance. Parmi les voix les plus tranchées, celle d’Yvette Mwanza Mwamba, présidente de la Chambre des mines du Nord-Kivu et directrice générale de Kivu Mineral Resources, également vice-présidente de Women in Mining RDC. Sa lecture rompt avec le discours dominant qui attribue aux seules puissances extérieures la responsabilité des dérèglements du secteur extractif congolais.
Sortir du récit victimaire sur les minéraux critiques
Pour la dirigeante minière, la persistance des conflits armés dans l’est de la République démocratique du Congo ne peut être imputée exclusivement aux appétits étrangers. Elle rappelle que l’incapacité des États africains à stabiliser leur environnement institutionnel, à contrôler leurs frontières et à structurer une chaîne de valeur locale a créé le vide dans lequel prospèrent trafics et groupes armés. Cette lecture, plus lucide que confortable, replace la souveraineté minière dans le champ des choix politiques internes plutôt que dans celui d’une fatalité géopolitique.
Le Nord-Kivu concentre à lui seul une part significative de l’offre mondiale de coltan, un minerai indispensable à l’électronique et aux batteries. Pourtant, la province reste enlisée dans une économie de rente informelle, où l’artisanat minier alimente autant les circuits industriels licites que les réseaux de contrebande vers les pays voisins. Reprendre le contrôle de cette chaîne suppose, selon Yvette Mwanza Mwamba, une action coordonnée entre Kinshasa, les autorités provinciales et le secteur privé formel, plutôt que la seule dénonciation d’ingérences externes.
Gouvernance minière et responsabilité intra-africaine
Le propos de la présidente de la Chambre des mines du Nord-Kivu s’inscrit dans un débat plus large sur la capacité des États africains à faire respecter leurs propres cadres réglementaires. La RDC dispose d’un code minier révisé en 2018, censé renforcer les recettes publiques et l’implication des communautés locales. Son application demeure inégale, freinée par la faiblesse des administrations déconcentrées, la corruption et la porosité des zones minières. À l’échelle continentale, la Vision minière africaine adoptée par l’Union africaine dès 2009 peine encore à se traduire en politiques nationales cohérentes.
Dans ce contexte, la dirigeante plaide pour une professionnalisation accélérée du secteur, incluant la formalisation des coopératives artisanales, la traçabilité des flux et le développement de capacités locales de raffinage. La création de valeur ajoutée sur place, longtemps repoussée, constitue désormais un impératif face à la concurrence des puissances qui verrouillent leur accès aux ressources stratégiques. L’Indonésie, en interdisant l’exportation de nickel brut, a démontré qu’un producteur pouvait renégocier sa place dans la chaîne de valeur mondiale. La question posée à l’Afrique est de savoir si elle empruntera une voie comparable.
Femmes dans les mines et diplomatie économique
La place occupée par Yvette Mwanza Mwamba, en tant que vice-présidente de Women in Mining RDC, illustre également la montée en puissance des femmes dans un secteur historiquement masculin. Cette évolution n’est pas cosmétique. Elle traduit une redéfinition des pratiques managériales et de la responsabilité sociale des entreprises minières, particulièrement dans des zones où les populations civiles subissent les effets collatéraux de l’exploitation. La présence féminine aux niveaux décisionnels contribue à recentrer les débats sur les communautés hôtes, la santé au travail et la restauration environnementale.
Reste que la diplomatie économique africaine autour des minéraux critiques doit encore trouver sa cohérence. Entre les initiatives sino-congolaises, les partenariats stratégiques signés avec l’Union européenne et les États-Unis, et l’émergence des acteurs du Golfe sur le segment minier, les gouvernements africains négocient souvent en ordre dispersé. Une coordination régionale, notamment entre la RDC, la Zambie et les autres producteurs de la Copperbelt, apparaît comme un levier sous-exploité pour peser sur les termes de l’échange. Le message d’Accra sonne comme un appel à la maturité stratégique. Selon Financial Afrik.
Pour aller plus loin
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