Le kwanza devient la 2e monnaie de règlement de la SADC

Macro shot of Cambodian Riel banknotes in a fanned arrangement displaying intricate designs and denominations.Photo : Leonid Danilov / Pexels

Le kwanza vient d’être admis comme deuxième monnaie de règlement au sein du système régional de paiement de la SADC, un dispositif jusqu’ici largement dominé par le rand sud-africain. Cette évolution, saluée par les autorités monétaires angolaises, marque une étape significative dans la diversification des instruments de compensation transfrontalière en Afrique australe. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de dédollarisation partielle des échanges intra-régionaux, porté par une génération de banquiers centraux soucieux de réduire l’exposition aux devises fortes extérieures.

Concrètement, la monnaie angolaise pourra désormais être utilisée pour régler les transactions commerciales et financières transitant par la plateforme SADC-RTGS, l’infrastructure de règlement brut en temps réel opérée depuis Pretoria par la South African Reserve Bank. Ce mécanisme, actif depuis plus d’une décennie, connecte les grandes banques commerciales et centrales de la région dans un dispositif unique de compensation.

Un signal fort pour la Banque nationale d’Angola

La Banque nationale d’Angola (BNA) capitalise sur plusieurs années de réformes destinées à stabiliser le kwanza et à restaurer la crédibilité de la politique monétaire. L’institut d’émission a mené, depuis 2018, un vaste chantier de libéralisation du change, d’assainissement du secteur bancaire et de lutte contre les circuits parallèles. L’admission de la devise dans le système SADC vient couronner cette trajectoire et donne à Luanda un instrument d’influence supplémentaire dans les négociations régionales.

Pour les exportateurs et importateurs angolais, l’enjeu est très pratique. Les transactions avec les partenaires de la région, à commencer par la Namibie, la Zambie, la République démocratique du Congo ou le Mozambique, pourront s’opérer sans passage systématique par le dollar américain ou le rand. Ce raccourci réduit les frais de conversion, limite l’exposition au risque de change et accélère les délais de règlement, souvent critiques dans les échanges de matières premières.

Rééquilibrer la géographie monétaire de l’Afrique australe

Le rand sud-africain conserve, de loin, son statut de devise pivot. La place financière de Johannesburg concentre l’essentiel des flux bancaires régionaux, et la zone monétaire commune qui lie Pretoria à Lesotho, Eswatini et Namibie prolonge cette centralité. Mais l’arrivée du kwanza rebat partiellement les cartes. Elle traduit la volonté de plusieurs capitales de la SADC de ne plus dépendre d’un seul corridor de règlement, alors que la Zambie, le Zimbabwe ou la RDC militent depuis longtemps pour un multilatéralisme monétaire plus affirmé.

Cette montée en puissance s’appuie sur la position particulière de l’Angola dans l’architecture économique régionale. Deuxième producteur de pétrole du continent, le pays entretient d’importants flux commerciaux avec ses voisins, notamment via le corridor de Lobito, artère logistique stratégique reliant l’Atlantique aux gisements miniers du Copperbelt. Le raccordement du kwanza au système SADC donne à ce corridor une profondeur financière inédite, en phase avec les investissements américains et européens annoncés dans l’axe ferroviaire Lobito-Kolwezi.

Un jalon vers l’intégration financière panafricaine

L’initiative s’articule aussi avec le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), lancé sous l’égide de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et d’Afreximbank. En consolidant d’abord les circuits régionaux, la SADC prépare le terrain à une interopérabilité à l’échelle continentale, condition sine qua non pour concrétiser les promesses commerciales de la ZLECAf. Chaque devise supplémentaire admise dans un système régional constitue, à cet égard, un test grandeur nature.

Reste à mesurer l’appétit effectif des banques commerciales pour utiliser le kwanza dans leurs opérations transfrontalières. La liquidité de la devise angolaise sur les marchés régionaux demeure limitée, et les acteurs privés observeront attentivement la stabilité du taux de change dans les prochains trimestres. La BNA devra également convaincre par la transparence de sa politique monétaire et par la profondeur de ses réserves de change, aujourd’hui reconstituées à des niveaux jugés confortables par le Fonds monétaire international.

Au-delà des aspects techniques, l’événement porte une charge symbolique. Il illustre la capacité d’un État lusophone, longtemps perçu comme périphérique dans les instances anglophones de la SADC, à s’imposer comme acteur monétaire de premier plan. Selon Financial Afrik, cette admission ouvre une nouvelle séquence pour l’intégration financière de l’Afrique australe.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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