Côte d’Ivoire : Amadou Coulibaly appelle à un front commun contre la désinformation

A stunning aerial view of a bustling expressway in Abidjan, Côte d'Ivoire, showcasing urban architecture and transportation.Photo : Silvere Meya / Pexels

La lutte contre la désinformation s’impose désormais comme un chantier prioritaire de l’action publique en Côte d’Ivoire. Depuis Korhogo, capitale du nord du pays, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Amadou Coulibaly a exhorté les forces vives à faire front commun contre la propagation des contenus mensongers. Le message, adressé aux autorités locales, aux professionnels des médias et aux relais communautaires, place la responsabilité du démenti au niveau de chaque citoyen, et non des seules institutions publiques.

Korhogo, laboratoire d’une stratégie nationale contre les fake news

Le choix de Korhogo pour porter ce discours n’est pas neutre. Chef-lieu de la région du Poro, la ville constitue un pôle démographique et politique majeur du septentrion ivoirien, région historiquement sensible aux tensions communautaires et aux manipulations informationnelles. En s’y déplaçant, Amadou Coulibaly matérialise la volonté de l’exécutif de déployer son dispositif de veille loin d’Abidjan, dans des zones où la circulation virale de rumeurs sur les réseaux sociaux peut rapidement dégénérer.

Le ministre a insisté sur la nature transversale du phénomène. Les fausses nouvelles ne relèvent plus, selon lui, du seul champ médiatique : elles touchent la santé publique, la sécurité, la cohésion sociale et la crédibilité des institutions. Cette lecture élargie justifie une approche décloisonnée, associant administration territoriale, chefferies traditionnelles, autorités religieuses et journalistes professionnels dans un même effort de contre-narratif.

Une responsabilité présentée comme collective

Amadou Coulibaly a défendu l’idée que la riposte à la désinformation ne saurait être l’apanage du gouvernement ou des seuls régulateurs. Chaque acteur social, du leader d’opinion à l’internaute ordinaire, se voit assigner une mission de vigilance et de vérification. Cette rhétorique de la co-responsabilité s’inscrit dans une doctrine officielle en construction, qui vise à responsabiliser les émetteurs et les relayeurs de contenus, plutôt qu’à multiplier les mesures répressives visibles.

Le porte-parole du gouvernement a par ailleurs invité les médias traditionnels à réinvestir leur rôle de tiers de confiance. Face à la vitesse des plateformes numériques, la presse écrite, la radio et la télévision publiques sont appelées à renforcer leurs mécanismes de vérification et à occuper l’espace informationnel avec des contenus factuels. L’enjeu, en filigrane, est celui de la crédibilité restaurée d’un secteur médiatique concurrencé par des influenceurs sans obligation déontologique.

Un contexte politique et régional sous tension informationnelle

La séquence intervient dans un environnement pré-électoral chargé. La Côte d’Ivoire s’apprête à vivre des échéances politiques déterminantes, et la mémoire des crises post-électorales antérieures nourrit la vigilance des autorités face aux manipulations en ligne. La rumeur, la vidéo tronquée ou la fausse déclaration attribuée à une personnalité publique sont désormais identifiées comme des vecteurs potentiels de déstabilisation, à surveiller aussi étroitement que les discours de haine.

Le sujet dépasse d’ailleurs le seul cadre ivoirien. Dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest francophone, les gouvernements affinent leurs dispositifs de régulation des contenus numériques, entre lois sur la cybercriminalité, cellules de fact-checking et coopérations avec les plateformes. La Côte d’Ivoire, qui dispose d’une Autorité nationale de la presse (ANP) et d’une Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), tente de conjuguer réponse institutionnelle et mobilisation citoyenne, sans basculer dans un contrôle jugé attentatoire aux libertés.

Reste à traduire cette ambition en outils opérationnels. La formation des relais locaux, l’éducation aux médias dans les établissements scolaires et le soutien aux rédactions indépendantes figurent parmi les leviers régulièrement évoqués par les experts du secteur. Pour Amadou Coulibaly, l’étape de Korhogo marque une inflexion pédagogique : convaincre plutôt que sanctionner, en pariant sur la responsabilisation d’une société civile mieux outillée face aux manipulations. Selon Abidjan.net, le ministre entend poursuivre ces déplacements de sensibilisation dans d’autres régions du pays.

Pour aller plus loin

Mali : Moussa Mara libéré après un an de détention à Koulikoro · La CNR dénonce les approximations du pouvoir d’Oligui Nguema au Gabon · Côte d’Ivoire : décès du général Aly Justin Dem, numéro deux de l’armée

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "Côte d’Ivoire : Amadou Coulibaly appelle à un front commun contre la désinformation"

Laisser un commentaire