Mondial 2030 : Infantino accusé d’avoir promis la finale au Maroc

A packed football stadium in Morocco buzzing with excitement during a match, showcasing vibrant crowds and dazzling lights.Photo : Earth Photart / Pexels

La désignation du site de la finale de la Coupe du monde 2030 tourne au dossier diplomatique. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a tenu une réunion de crise à Rabat ce mercredi 5 août, en présence des plus hautes autorités sportives marocaines, pour tenter d’apaiser une controverse qui embarrasse l’instance mondiale du football. En cause, des accusations selon lesquelles le patron du football mondial aurait garanti au royaume chérifien l’organisation de la finale, alors même que l’édition sera co-accueillie par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.

Une promesse contestée entre trois co-organisateurs

Le Mondial 2030 constitue un événement inédit dans l’histoire du football. Pour marquer le centenaire de la compétition, la FIFA a validé une organisation partagée entre trois continents, avec des matches d’ouverture célébrés en Uruguay, en Argentine et au Paraguay, avant que le gros du tournoi ne se déploie sur les rives nord et sud de la Méditerranée occidentale. Dans ce dispositif, la question du stade appelé à accueillir la finale revêt une portée symbolique et économique considérable, tant pour le rayonnement national que pour les retombées touristiques et commerciales.

Selon les informations qui circulent, Gianni Infantino aurait laissé entendre à ses interlocuteurs marocains que le futur Grand Stade Hassan-II de Casablanca, dont la capacité annoncée dépasse les 115 000 places, serait retenu pour la finale. Une perspective qui aurait provoqué une vive réaction du côté espagnol, où le Santiago-Bernabéu de Madrid comme le Camp Nou rénové de Barcelone nourrissent la même ambition. La Fédération espagnole aurait fait valoir auprès de Zurich que l’engagement financier consenti par l’Espagne, ainsi que son poids historique dans le football mondial, justifient qu’elle décroche l’affiche la plus prestigieuse.

Rabat, pièce maîtresse de la stratégie africaine de la FIFA

Le déplacement d’Infantino intervient dans un contexte où le Maroc s’est imposé comme un partenaire central de la FIFA sur le continent africain. Depuis la demi-finale historique des Lions de l’Atlas à la Coupe du monde 2022 au Qatar, Rabat a considérablement renforcé son influence dans la gouvernance du ballon rond. Le royaume accueillera également la Coupe d’Afrique des nations en fin d’année 2025, un galop d’essai grandeur nature pour tester ses infrastructures avant l’échéance planétaire de 2030.

Pour l’instance dirigée par Gianni Infantino, ménager la susceptibilité marocaine relève d’un calcul stratégique. Le patron de la FIFA a multiplié les gestes de proximité avec les autorités du royaume ces dernières années, dans le cadre d’un rapprochement plus large avec les fédérations africaines et arabes. Reste que cette proximité alimente à Madrid comme à Lisbonne le sentiment d’un traitement inéquitable, et pourrait fragiliser la cohésion entre les trois pays hôtes à moins de cinq ans du coup d’envoi.

Un arbitrage sous haute tension

La FIFA maintient officiellement que la désignation du stade de la finale n’a pas encore été tranchée, et qu’elle interviendra à l’issue d’une évaluation technique portant sur les capacités d’accueil, la connectivité, la sécurité et l’expérience spectateur. Dans les faits, la controverse actuelle montre que la décision est déjà instrumentalisée par les acteurs concernés. Le Portugal, plus discret, ne cache pas son intérêt pour l’un des matches à forte visibilité, sans se positionner frontalement sur la finale.

Concrètement, l’enjeu dépasse le seul cadre sportif. Le stade retenu bénéficiera d’un afflux médiatique planétaire estimé à plus d’un milliard de téléspectateurs, avec des retombées directes sur l’hôtellerie, le transport aérien et l’image de marque du pays hôte. Pour le Maroc, décrocher la finale confirmerait son ascension au rang de puissance sportive continentale et renforcerait la crédibilité de sa candidature à d’autres grands rendez-vous. Pour l’Espagne, la perdre serait vécu comme un affront diplomatique difficile à digérer.

Gianni Infantino devra désormais démontrer que la gouvernance de la FIFA obéit à des critères transparents, alors que son mandat est régulièrement contesté sur le terrain de la gouvernance. Le prochain conseil de l’instance mondiale, attendu dans les mois à venir, pourrait acter un compromis technique répartissant les affiches les plus symboliques entre les trois hôtes méditerranéens. Selon PressAfrik, la réunion tenue à Rabat visait précisément à préparer les esprits à un tel scénario.

Pour aller plus loin

La Côte d’Ivoire impose le paquet neutre pour les cigarettes · Côte d’Ivoire : Hervé Renard proche d’un retour sur le banc des Éléphants · Serigne Ibrahima Mbacké : parcours d’un héritier du mouridisme

Actualité africaine

About the Author

Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

Be the first to comment on "Mondial 2030 : Infantino accusé d’avoir promis la finale au Maroc"

Laisser un commentaire