Ouattara promet de poursuivre la sécurisation des zones à risque

UN armored vehicles and peacekeepers patrol a busy urban street.Photo : Safi Erneste / Pexels

Le président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, a annoncé la poursuite des opérations dites de libération des zones à risque, en insistant sur le cadre légal qui doit encadrer ces interventions. La déclaration, formulée devant l’opinion nationale, s’inscrit dans le prolongement d’une stratégie sécuritaire déployée depuis plusieurs années dans les régions frontalières du nord et dans certains quartiers urbains. L’exécutif ivoirien y voit la condition d’une stabilité durable, à un moment où la menace jihadiste continue de peser sur les États côtiers du golfe de Guinée.

Une doctrine sécuritaire assumée dans les zones frontalières

Depuis l’attaque de Kafolo en 2020, la Côte d’Ivoire a densifié son dispositif militaire dans le septentrion, en particulier dans les régions du Tchologo, du Bounkani et du Poro, limitrophes du Burkina Faso et du Mali. Ces territoires, longtemps considérés comme des zones de transit pour des groupes armés opérant au Sahel, font l’objet d’un maillage sécuritaire renforcé combinant unités spéciales, gendarmerie et forces de police. Abidjan a également investi dans le renseignement territorial et la coopération transfrontalière, notamment avec le Ghana et le Togo.

La formulation retenue par le chef de l’État, celle d’opérations de libération, traduit une lecture volontariste de l’action publique. Il ne s’agit pas seulement de contenir une menace, mais de reprendre le contrôle effectif d’espaces où l’autorité de l’État aurait été contestée ou affaiblie. Cette rhétorique, déjà employée dans d’autres capitales ouest-africaines, situe l’action gouvernementale dans un registre de reconquête territoriale plutôt que dans celui, plus classique, du maintien de l’ordre.

L’État de droit comme garde-fou politique

En rappelant le respect de l’État de droit, Alassane Ouattara répond implicitement aux critiques adressées à ce type d’opérations sur le continent. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont documenté, ces dernières années, des dérives associées aux campagnes antiterroristes en Afrique de l’Ouest : arrestations arbitraires, disparitions, ciblage de communautés spécifiques. Le président ivoirien entend visiblement distinguer sa méthode de celles qui ont fragilisé la légitimité d’États voisins.

Cet équilibre est également un message adressé aux partenaires internationaux. La Côte d’Ivoire, deuxième économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), demeure un point d’appui pour les capitales occidentales dans la région, alors que les régimes de transition au Sahel ont pris leurs distances avec Paris et Washington. Préserver l’image d’un État de droit fonctionnel constitue, pour Abidjan, un actif diplomatique et un argument pour maintenir les flux d’investissement direct étranger.

Un enjeu de cohésion à l’approche des échéances politiques

La question des zones à risque ne se limite pas au nord du pays. Certaines opérations récentes ont visé des quartiers d’Abidjan, San Pedro ou Bouaké, où prospèrent économies informelles, réseaux de délinquance et tensions foncières. La mise en avant du cadre légal vise aussi à désamorcer la polémique sur d’éventuels débordements des forces de sécurité, dans un climat politique déjà tendu par les échéances électorales.

Concrètement, la stratégie ivoirienne mêle trois volets : présence militaire accrue, développement socio-économique des zones sensibles à travers le Programme social du gouvernement, et action judiciaire contre les réseaux criminels. Reste que l’articulation entre ces trois piliers demeure inégale. Les acteurs locaux réclament davantage d’investissements civils, jugés indispensables pour tarir le vivier de recrutement des groupes armés et pour asseoir durablement la présence de l’État.

Pour les partenaires économiques de la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao et hub logistique régional, la stabilité des corridors routiers et portuaires conditionne la fluidité des échanges avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger. La poursuite annoncée des opérations sécuritaires est donc suivie avec attention par les milieux d’affaires, qui mesurent l’impact direct de la question sécuritaire sur les coûts logistiques et sur l’attractivité du pays. Selon Abidjan.net, le chef de l’État a réitéré son engagement à conduire cette politique dans le respect strict de la légalité.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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