Le climat social se tend dans le Haut-Ogooué. À Moanda, capitale gabonaise du manganèse, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet, traverse une séquence syndicale délicate. Après une première médiation conduite par le médiateur de la République Alexis Boutamba Mbina, la ministre du Travail Jacqueline Bignoumba a décidé de reprendre en main le dossier, dans un souci de préserver le dialogue social et d’éviter tout dérapage susceptible d’affecter la production dans ce site stratégique.
Un dossier social sous haute surveillance à Moanda
Le contentieux oppose la direction de Comilog à plusieurs représentations syndicales, sur fond de revendications catégorielles récurrentes dans le bassin minier. La rencontre organisée sous l’égide du médiateur de la République avait permis de renouer le contact et d’objectiver les points de blocage. Elle n’a toutefois pas suffi à refermer le dossier, ce qui a conduit le ministère du Travail à s’en saisir directement.
Pour la ministre Jacqueline Bignoumba, l’enjeu dépasse la stricte relation employeur-salariés. Moanda concentre l’essentiel de l’activité manganésifère gabonaise, secteur qui structure une part significative des exportations nationales et de l’emploi industriel qualifié. Toute paralysie, même brève, se traduirait mécaniquement par un manque à gagner budgétaire et par des tensions dans une ville-mine où la Comilog reste le premier pourvoyeur d’emplois formels.
La méthode Bignoumba : dialogue institutionnel et arbitrage ministériel
En reprenant la main, la ministre du Travail entend recentrer la négociation autour des instruments du droit social gabonais. La démarche consiste à réunir autour d’une même table la direction de la filiale d’Eramet, les délégations syndicales et les services déconcentrés du ministère, afin de circonscrire les revendications recevables et d’en fixer un calendrier de traitement. Cette approche institutionnelle vise à éviter que la contestation ne bascule dans la rue, scénario redouté par les autorités de la Transition.
La séquence intervient alors que le gouvernement issu de la période de transition affiche sa volonté de rassurer les partenaires industriels tout en préservant la paix sociale. Le message adressé à Comilog est double : les pouvoirs publics restent garants du dialogue, mais attendent des avancées concrètes sur les points qui cristallisent le mécontentement des travailleurs. Le ministère du Travail se pose ainsi en arbitre, davantage qu’en simple facilitateur.
Comilog, poumon économique du Haut-Ogooué
Contrôlée majoritairement par Eramet, la Comilog exploite depuis des décennies les gisements de manganèse du plateau de Bangombé. Le Gabon figure parmi les tout premiers producteurs mondiaux de ce minerai, indispensable à la sidérurgie et de plus en plus recherché dans le sillage de la transition énergétique, notamment pour les batteries électriques. Cette position confère au dossier social de Moanda une résonance qui dépasse largement les frontières provinciales.
Le poids de l’entreprise dans l’économie locale explique la prudence des autorités. Outre les emplois directs, la Comilog irrigue un tissu de sous-traitants, alimente le trafic du Transgabonais vers le port minéralier d’Owendo et contribue de façon substantielle aux recettes fiscales de l’État. Un conflit prolongé fragiliserait cet écosystème, dans un contexte où Libreville cherche à consolider ses revenus non pétroliers et à attirer de nouveaux investissements dans les mines et la transformation locale.
Reste à mesurer la capacité de la ministre à obtenir des engagements écrits et vérifiables. Les précédents dossiers sociaux du secteur extractif gabonais rappellent que les accords conclus sous pression ministérielle tiennent rarement sans mécanismes de suivi rigoureux. La crédibilité de la méthode Bignoumba se jouera donc dans les prochaines semaines, autour de la formalisation d’un protocole et de son application effective sur le site de Moanda. Selon Gabon Review.
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