Le sous-sol de la République démocratique du Congo continue de livrer ses secrets. Selon une enquête publiée fin juillet 2026 par le média d’investigation néerlandais Lighthouse Reports et le quotidien britannique Financial Times, entre 2000 et 5000 tonnes d’uranium auraient quitté la RDC à destination de la Chine sur une période de vingt ans, mêlées aux exportations officielles de cobalt et de cuivre. Les journalistes ont reconstitué ces flux à partir d’échantillons prélevés sur des sites miniers, de documents douaniers et d’analyses isotopiques réalisées en laboratoire.
Un uranium congolais dissimulé dans les concentrés de cobalt
L’enquête met en lumière un phénomène connu des géologues mais rarement quantifié à cette échelle. Les gisements du Katanga et du Lualaba, exploités massivement pour le cobalt et le cuivre destinés aux batteries électriques, contiennent naturellement des teneurs variables d’uranium. Lors du traitement des minerais, une partie de ce métal radioactif se retrouve concentrée dans les résidus ou les produits intermédiaires exportés vers les raffineries chinoises. Selon les estimations reprises par Lighthouse Reports, les volumes cumulés d’uranium ainsi transférés atteindraient plusieurs milliers de tonnes depuis le début des années 2000.
Cette révélation intervient alors que Kinshasa maintient officiellement un moratoire sur les exportations d’uranium, hérité de la fermeture historique de la mine de Shinkolobwe en 2004. Ce site, célèbre pour avoir fourni l’uranium des bombes atomiques américaines de 1945, symbolise à lui seul la sensibilité géopolitique de la ressource. L’enquête suggère toutefois qu’une part significative de ce métal continue de sortir du pays, non pas par des filières clandestines classiques, mais par le canal parfaitement légal des exportations de cobalt.
La Chine, destination quasi exclusive des minerais critiques congolais
Pékin capte aujourd’hui près de 80 % des concentrés miniers exportés depuis la RDC, via des acteurs comme CMOC, Zijin Mining ou Huayou Cobalt, qui contrôlent une grande partie des actifs du cuivre-cobalt du Katanga. Les raffineries chinoises disposent des capacités techniques pour séparer les différents métaux et récupérer les fractions valorisables, y compris les éléments radioactifs. Rien dans les statistiques douanières congolaises ne permet en revanche de tracer précisément ces flux d’uranium.
Le rapport soulève une question sensible pour l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et pour les régimes de non-prolifération. La RDC est signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), mais ses capacités de contrôle sur les minerais associés restent limitées. Le pays ne dispose pas d’infrastructures d’analyse permettant de mesurer systématiquement les teneurs en uranium des cargaisons quittant les ports de Durban, Dar es Salaam ou Lobito.
Un enjeu de souveraineté minière pour Kinshasa
Au-delà de la dimension nucléaire, l’affaire relance le débat sur la valorisation des ressources critiques congolaises. Chaque tonne d’uranium extraite gratuitement du cobalt représente un manque à gagner fiscal considérable pour l’État. Aux cours actuels, oscillant autour de 200 dollars la livre, le volume évoqué par l’enquête correspondrait théoriquement à une valeur brute de plusieurs milliards de dollars, entièrement échappés à la comptabilité publique congolaise.
Le gouvernement de Félix Tshisekedi a fait de la renégociation des contrats miniers sino-congolais un axe politique majeur depuis 2021, avec l’audit du méga-contrat conclu avec Sicomines. Les révélations sur l’uranium pourraient nourrir cette offensive diplomatique et juridique. Reste que la RDC dépend structurellement des capitaux et des raffineries chinoises pour écouler sa production, ce qui limite sa marge de manœuvre.
Du côté chinois, aucune réaction officielle n’a été rendue publique à ce stade. Les entreprises citées dans l’enquête n’ont pas confirmé les volumes évoqués. Pour les partenaires occidentaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne, qui cherchent à sécuriser leurs propres approvisionnements en cobalt via le corridor de Lobito, la révélation ajoute une couche supplémentaire à la bataille pour les minerais stratégiques africains. Selon PressAfrik, l’enquête pourrait déboucher sur des demandes d’éclaircissements formelles auprès de Kinshasa et de Pékin.
Pour aller plus loin
Gabon : le secteur extractif recule de 2,9 % au premier trimestre 2026 · Cameroun : le gel des agréments miniers crispe la filière or · Minim-Martap : A2MP veut retirer Canyon Resources de la Bourse

Be the first to comment on "RDC : jusqu’à 5000 tonnes d’uranium exportées vers la Chine en 20 ans"