La flambée des cours du brut consécutive aux tensions dans le Détroit d’Ormuz rattrape désormais les consommateurs de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Après une phase d’attentisme, plusieurs capitales de la zone franc ont validé de nouvelles grilles tarifaires pour l’essence, le gasoil et le pétrole lampant. Les hausses, longtemps différées par le recours aux subventions, traduisent l’épuisement progressif des amortisseurs budgétaires que les Trésors publics avaient mobilisés depuis le début de la crise iranienne.
Les experts du secteur pétrolier avaient anticipé ce scénario dès les premières frictions militaires au Moyen-Orient. Le mécanisme d’approvisionnement des pays de l’UEMOA, fondé sur des paiements anticipés de plusieurs semaines avant livraison, avait offert un délai de grâce. Ce sursis technique permettait aux gouvernements de contenir les répercussions immédiates sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les coûts logistiques des entreprises. Ce coussin s’est aujourd’hui largement dissipé.
Le Détroit d’Ormuz, variable décisive du prix à la pompe ouest-africain
Point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, le Détroit d’Ormuz concentre les inquiétudes des marchés depuis l’aggravation du dossier iranien. Chaque escalade diplomatique ou militaire y provoque une prime de risque sur le baril, immédiatement répercutée sur les cargaisons destinées aux terminaux d’Abidjan, de Dakar, de Lomé ou de Cotonou. Les raffineries de la sous-région, qu’il s’agisse de la Société ivoirienne de raffinage (SIR) ou de la Société africaine de raffinage (SAR) au Sénégal, subissent de plein fouet le renchérissement des intrants.
Concrètement, les structures de prix intérieures, révisées mensuellement par les régulateurs nationaux, intègrent désormais un coût CAF nettement supérieur à celui du premier semestre. Les commissions de fixation des prix, qui associent ministères des Finances, ministères de l’Énergie et opérateurs privés, disposent de peu d’alternatives. Soit elles maintiennent la subvention et creusent le déficit, soit elles laissent le signal-prix jouer et exposent les ménages à un choc inflationniste.
Des subventions qui asphyxient les Trésors nationaux
La facture du soutien aux carburants pèse de plus en plus lourd sur des finances publiques déjà sous tension. Au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso, les dispositifs de stabilisation ont mobilisé, ces derniers exercices, plusieurs centaines de milliards de francs CFA. Ces montants, ponctionnés sur les recettes fiscales ou financés par emprunt, entrent en concurrence directe avec les dépenses sociales et les programmes d’investissement en infrastructures.
Les partenaires multilatéraux, à commencer par le Fonds monétaire international (FMI), rappellent régulièrement aux États de la zone la nécessité de rationaliser ces transferts. Les recommandations plaident pour un ciblage plus fin des subventions, notamment via des mécanismes de compensation directe aux ménages les plus vulnérables ou aux opérateurs du transport public. Reste que la mise en œuvre politique de tels ajustements demeure délicate, dans un contexte où l’inflation alimentaire pèse déjà sur la stabilité sociale.
Par ailleurs, la contrainte de change s’ajoute à l’équation. L’arrimage du franc CFA à l’euro protège partiellement les importateurs de la volatilité du dollar, monnaie de facturation du brut. Mais l’appréciation récente du billet vert face à la monnaie européenne rogne cette protection et amplifie la facture pétrolière libellée en devise locale.
Un test de résilience pour les économies de la zone
La transmission des hausses aux prix à la pompe agit comme un révélateur des vulnérabilités structurelles de l’UEMOA. Les huit économies de l’Union, qui importent l’essentiel de leurs produits raffinés, restent dépendantes des chocs exogènes malgré les projets d’intégration énergétique portés par la Commission de l’UEMOA et par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les initiatives autour du gaz naturel sénégalo-mauritanien, du champ Sangomar ou des raffineries nigériane et ivoirienne visent précisément à réduire cette exposition.
Dans l’immédiat, les gouvernements devront arbitrer entre orthodoxie budgétaire et préservation de la paix sociale. Les organisations patronales alertent déjà sur l’impact des nouveaux tarifs sur les coûts de production, tandis que les syndicats de transporteurs, en Côte d’Ivoire comme au Burkina Faso, préviennent que des révisions de tarifs urbains et interurbains seront inévitables. Le prochain rendez-vous des commissions nationales de fixation des prix sera scruté de près par les opérateurs et les bailleurs.
Selon Financial Afrik, les nouvelles grilles tarifaires portent désormais l’empreinte directe de la géopolitique du Golfe.
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