Fibre optique : quatre pays ouest-africains dominent le haut débit

From below of fiber optic switch with sockets and connected rubber cables on blurred backgroundPhoto : Brett Sayles / Pexels

Le marché ouest-africain du haut débit change de dimension. Portée par la fibre optique, la connectivité fixe progresse à un rythme inédit dans quatre pays : la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Sénégal. Ces économies, qui figurent parmi les plus dynamiques de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), captent la majeure partie des investissements privés et publics consacrés au très haut débit. Résultat, elles creusent l’écart avec le reste de la sous-région, où la couverture reste dépendante des liaisons satellitaires ou de réseaux cuivre vieillissants.

La dynamique repose sur une conjonction de facteurs. Densité urbaine, arrivée de nouveaux câbles sous-marins, cadres réglementaires plus lisibles et appétit des opérateurs pour la monétisation des services numériques ont convergé pour accélérer les chantiers. Dans ces quatre marchés, la fibre optique jusqu’au domicile (FTTH) sort progressivement de son statut de service premium pour devenir une infrastructure de masse, en particulier dans les métropoles.

Un quatuor qui capte l’essentiel des investissements

Le Nigeria demeure la locomotive du continent par la taille de son marché, avec une population de plus de 220 millions d’habitants et une demande data en croissance continue. Abuja a placé le déploiement de la fibre au cœur de sa stratégie économique numérique, avec pour ambition d’atteindre un taux de pénétration du haut débit significativement plus élevé à l’horizon 2025. Les opérateurs historiques comme MTN Nigeria et Airtel Africa, rejoints par des acteurs spécialisés, multiplient les partenariats pour densifier les backbones nationaux.

Au Ghana, l’ouverture concurrentielle et la stabilité du cadre réglementaire ont attiré une nouvelle génération de fournisseurs. Accra s’est imposée comme un hub régional de traitement de données, portée par plusieurs atterrissements de câbles sous-marins internationaux. La Côte d’Ivoire, de son côté, capitalise sur sa position de porte d’entrée de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et sur l’activisme d’Orange Côte d’Ivoire, de MTN CI et de Moov Africa dans le déploiement de la fibre à Abidjan et dans les capitales régionales.

Le Sénégal complète ce quatuor. Le pays bénéficie de l’implantation ancienne de Sonatel, filiale du groupe Orange, dont les investissements dans la boucle locale optique ont fait de Dakar l’une des villes les mieux connectées du continent. La stratégie Sénégal Numérique et l’action de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) ont contribué à structurer une offre de gros compétitive, condition nécessaire à la démocratisation du très haut débit.

Câbles sous-marins et souveraineté numérique

La bascule vers la fibre s’appuie largement sur l’accostage récent de nouvelles infrastructures internationales. Les câbles 2Africa, porté par un consortium mené par Meta, et Equiano, financé par Google, ont significativement augmenté la capacité disponible sur la côte ouest-africaine. Cette abondance de bande passante fait mécaniquement baisser les prix de gros et rend viables économiquement des déploiements FTTH qui étaient auparavant réservés aux quartiers aisés.

Reste que cette dépendance à des câbles opérés par des géants technologiques étrangers interroge la souveraineté numérique de la région. Plusieurs régulateurs ouest-africains plaident pour une diversification des points d’atterrissement et pour la construction de data centers locaux capables de retenir les données sur le sol national. Le Ghana, le Nigeria et le Sénégal ont déjà engagé des programmes en ce sens, avec l’appui de bailleurs comme la Société financière internationale (SFI).

Un fossé qui se creuse avec le reste de la sous-région

Face à ce quatuor, les autres marchés de la CEDEAO accusent un retard préoccupant. La Guinée, le Mali, le Burkina Faso, le Niger ou encore le Liberia affichent des taux de pénétration de la fibre marginaux, freinés par l’instabilité politique, la faiblesse des revenus par habitant et la difficulté à financer les infrastructures dans les zones enclavées. Concrètement, la fracture numérique intra-régionale s’accentue au moment même où les usages, du mobile money au cloud d’entreprise, exigent des débits toujours plus élevés.

Pour les investisseurs, ce paysage à deux vitesses ouvre des perspectives contrastées. Les leaders offrent une visibilité et une profondeur de marché rares sur le continent, tandis que les marchés en retard représentent un potentiel de rattrapage considérable, à condition que les réformes réglementaires suivent. Selon PressAfrik, la trajectoire des prochains mois dépendra largement de la capacité des États à mutualiser leurs infrastructures et à harmoniser leurs cadres tarifaires.

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About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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