ExxonMobil vient de franchir une étape déterminante dans le déploiement de son projet Rovuma LNG, en engageant 1,1 milliard de dollars pour financer les études d’ingénierie et les travaux préparatoires du complexe gazier situé au large de la province mozambicaine de Cabo Delgado. Ce montant, considéré comme le prélude à une décision finale d’investissement, confirme la volonté du groupe américain de reprendre la main sur un dossier resté en sommeil pendant plusieurs années. Pour Maputo, l’annonce agit comme un revers de tendance après une longue période de doute sur l’avenir de la filière gazière nationale.
Un projet stratégique pour la filière gazière du Mozambique
Le projet Rovuma LNG porte sur la valorisation d’immenses réserves de gaz naturel logées dans le bassin offshore de Rovuma, l’un des plus prometteurs du continent africain. Opéré par ExxonMobil aux côtés de l’italien Eni et du chinois CNPC, le consortium ambitionne de construire deux trains de liquéfaction d’une capacité combinée d’environ 15 millions de tonnes par an. Ce volume placerait le Mozambique parmi les principaux exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié, aux côtés du Qatar, de l’Australie et des États-Unis.
L’enveloppe de 1,1 milliard de dollars annoncée servira à finaliser les études techniques et à préparer les décisions d’ingénierie détaillée, étape indispensable avant le lancement effectif de la construction. Elle marque également la reprise de discussions avec les autorités mozambicaines sur le cadre fiscal et contractuel, sujet longtemps considéré comme un point de friction entre les opérateurs et Maputo. Concrètement, ExxonMobil et ses partenaires cherchent à sécuriser des conditions économiques cohérentes avec l’évolution du marché mondial du GNL.
Cabo Delgado, entre promesse énergétique et défi sécuritaire
La province de Cabo Delgado concentre l’essentiel des ressources gazières mozambicaines, mais reste marquée par une insurrection djihadiste apparue en 2017. Les attaques menées par des groupes affiliés à l’État islamique avaient contraint TotalEnergies à déclarer la force majeure en avril 2021 sur son propre projet Mozambique LNG, gelant plusieurs milliards de dollars d’investissements. Depuis, un dispositif militaire renforcé, incluant des contingents rwandais et de la Communauté de développement d’Afrique australe, a permis de stabiliser partiellement la zone.
La décision d’ExxonMobil de mobiliser des fonds significatifs témoigne d’une lecture plus rassurante du contexte sécuritaire. Reste que les opérateurs demeurent prudents : la reprise pleine et entière des chantiers dépendra du maintien d’une accalmie durable et de la capacité des autorités à protéger les infrastructures critiques. Par ailleurs, l’implication de compagnies militaires privées et de forces alliées demeure un paramètre déterminant pour les bailleurs et assureurs internationaux.
Un pari géopolitique dans un marché gazier reconfiguré
Le calendrier de cette annonce n’est pas anodin. La guerre en Ukraine et le découplage énergétique entre l’Europe et la Russie ont redistribué les cartes du marché gazier mondial, propulsant le GNL au rang d’actif stratégique. Les acheteurs européens et asiatiques cherchent activement à diversifier leurs sources d’approvisionnement, et l’Afrique australe apparaît comme une alternative crédible au gaz russe et qatari. Le Mozambique dispose ainsi d’une fenêtre commerciale rare pour verrouiller des contrats de long terme à des prix favorables.
Pour ExxonMobil, ce positionnement s’inscrit dans une stratégie plus large de rééquilibrage de son portefeuille gazier, alors que le groupe a récemment consolidé ses positions au Guyana et dans le bassin permien américain. Le projet Rovuma LNG lui offre une exposition directe aux marchés asiatiques via l’océan Indien, avec des coûts de transport compétitifs vers l’Inde, la Chine et le Japon. Cette géographie constitue un atout majeur face aux concurrents du Golfe et de l’Atlantique.
Reste la question du financement structuré, qui devra mobiliser un pool de banques internationales, d’agences de crédit à l’exportation et de bailleurs multilatéraux. Les précédents mozambicains, notamment le scandale de la dette cachée de 2016, incitent les prêteurs à une vigilance accrue sur la gouvernance des flux financiers. Une décision finale d’investissement pourrait intervenir dans les prochains mois si les conditions sécuritaires et fiscales convergent. Selon Financial Afrik, cet engagement de 1,1 milliard de dollars constitue le signal le plus tangible depuis des années d’une véritable relance du projet gazier au Mozambique.
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