La coopération médiatique entre la Chine et l’Afrique s’invite au cœur du débat sur l’intelligence artificielle. À l’occasion du 7ᵉ Forum des médias sino-africains, le ministre sénégalais de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Bakary Sarr, représenté par son secrétaire général, a plaidé pour un partenariat renforcé entre professionnels africains et chinois autour des usages de l’IA dans les rédactions. Cette prise de parole intervient alors que Pékin multiplie les gestes en direction du continent sur les enjeux d’information et de technologies.
Une plateforme sino-africaine centrée sur l’intelligence artificielle
Le forum, tenu en Chine, réunit responsables gouvernementaux, dirigeants de médias publics et acteurs privés africains. Il constitue depuis plusieurs éditions un espace de dialogue sur les échanges éditoriaux, la formation des journalistes et, plus récemment, l’irruption des outils algorithmiques dans la production d’information. Cette 7ᵉ édition met l’accent sur l’intelligence artificielle générative, dont la diffusion bouleverse les modèles économiques et la crédibilité des contenus.
La délégation sénégalaise, conduite par le secrétaire général du ministère de la Communication, y a porté un message clair : l’Afrique ne peut se contenter d’être consommatrice de solutions conçues ailleurs. Le représentant du ministre Bakary Sarr a plaidé pour une coopération technique et éditoriale susceptible d’outiller les rédactions du continent, tant sur la vérification des faits que sur la production multilingue et le traitement automatisé des données.
La souveraineté informationnelle, ligne de crête pour Dakar
Derrière l’argument technologique se dessine une préoccupation politique. Le Sénégal, qui a fait de la souveraineté numérique un axe structurant de son action publique depuis l’installation du nouveau gouvernement, cherche à concilier ouverture aux partenariats étrangers et maîtrise de ses infrastructures d’information. La coopération avec la Chine offre des ressources humaines, financières et logicielles, mais elle interroge aussi sur les normes de gouvernance des données et sur les modèles de régulation appliqués aux contenus générés par l’IA.
Le plaidoyer sénégalais s’inscrit dans un mouvement plus large. Plusieurs pays africains francophones réfléchissent à l’encadrement de l’intelligence artificielle dans les médias, à l’image du travail entamé par l’Union africaine sur une stratégie continentale dédiée. Dakar entend y peser en défendant une approche qui protège les langues nationales, la production locale et l’accès équitable aux outils.
Pékin, partenaire assumé de la transformation numérique africaine
Pour la Chine, le forum des médias sino-africains constitue un instrument diplomatique de longue date, adossé aux mécanismes du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC). Les autorités chinoises y présentent leurs solutions technologiques, financent des programmes de formation et signent des accords avec des groupes audiovisuels publics du continent. L’intelligence artificielle appliquée aux médias devient un nouveau chapitre de cette relation, après les infrastructures télécoms et la télévision numérique terrestre.
Concrètement, la coopération évoquée pourrait se traduire par des transferts d’expertise sur les outils de traduction automatique, la modération de contenus, la reconnaissance vocale ou l’analyse d’audience. Ces briques technologiques intéressent des rédactions africaines confrontées à la baisse des recettes publicitaires et à la concurrence des plateformes globales. Reste à définir les conditions de propriété des modèles et de portabilité des données, points sur lesquels les négociations bilatérales se joueront.
Le message porté à Pékin par le représentant de Bakary Sarr rejoint par ailleurs les priorités affichées par le ministère sénégalais depuis 2024 : accompagner la mutation des médias publics, renforcer la formation continue et sécuriser l’écosystème contre la désinformation. Le forum offre à cette feuille de route un débouché international, à condition que les engagements pris se traduisent en projets tangibles.
Reste que la diplomatie médiatique chinoise ne fait pas l’unanimité. Des voix, en Afrique comme en Europe, s’interrogent sur l’influence à long terme de ces partenariats sur le pluralisme et les standards éditoriaux. Dakar semble vouloir avancer avec pragmatisme, en cherchant des gains opérationnels sans renoncer à ses choix de gouvernance. Selon Dakaractu, cette édition du forum consacre l’IA comme nouvel axe structurant de la relation entre médias chinois et africains.
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