Sangomar : Woodside signe une production record et vise la Phase 2

Offshore oil platform in urban harbor, showcasing industrial scenery and oceanic platform structure.Photo : Paul Uchechukwu 🇳🇬 / Pexels

Le champ pétrolier de Sangomar, premier gisement offshore mis en production au Sénégal, poursuit sa montée en puissance. L’opérateur australien Woodside Energy, actionnaire majoritaire du projet aux côtés de la société nationale Petrosen, a annoncé des volumes extraits supérieurs aux attentes initiales depuis la mise en service commerciale intervenue en juin 2024. La compagnie confirme dans la foulée son intention d’engager les études d’ingénierie pour une seconde phase de développement, susceptible de prolonger la durée de vie économique du champ situé à une centaine de kilomètres au sud de Dakar.

Une production offshore au-dessus des prévisions

Sangomar est exploité via une unité flottante de production, stockage et déchargement (FPSO) capable de traiter jusqu’à 100 000 barils par jour. Selon les données communiquées par Woodside, la performance opérationnelle du champ dépasse la trajectoire annoncée lors de la décision finale d’investissement, portée par une bonne disponibilité des installations et un profil de réservoir favorable. Cette montée en régime rapide contraste avec les difficultés fréquemment observées sur les projets pétroliers ouest-africains, où les retards de démarrage et les incidents techniques ont pesé ces dernières années sur les bilans opérateurs.

Le partenariat associe Woodside, qui détient 82 % des intérêts, à la société Petrosen Exploration and Production Company, filiale opérationnelle de la compagnie nationale sénégalaise, propriétaire des 18 % restants. Ce montage a été hérité de la cession par l’australien FAR Limited de ses parts à Woodside en 2020, dans un contexte de restructuration financière du secteur. Depuis, l’opérateur a livré le projet dans une enveloppe globale évaluée à environ cinq milliards de dollars, un investissement structurant pour l’économie sénégalaise.

Le cap fixé sur une Phase 2 stratégique

Au-delà des performances actuelles, Woodside ouvre désormais un nouveau chapitre en engageant les travaux préparatoires d’une extension du champ. Cette Phase 2 viserait à raccorder de nouveaux puits à l’infrastructure flottante existante afin de maintenir un plateau de production et de valoriser les réserves périphériques encore non développées. L’approche modulaire, désormais standard sur les projets offshore profonds, permet de limiter les investissements incrémentaux tout en tirant parti des installations déjà amorties.

La décision finale d’investissement pour cette nouvelle phase n’est pas encore actée et dépendra de plusieurs paramètres. La trajectoire des cours du brut, la fiscalité applicable dans le cadre du code pétrolier sénégalais de 2019 et les négociations avec l’État sur le partage de la production figurent parmi les variables déterminantes. Les autorités de Dakar, qui ont fait de la souveraineté sur les ressources extractives un axe politique majeur depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, examinent avec attention les conditions contractuelles de cette éventuelle extension.

Un enjeu de souveraineté pour Dakar

Le gouvernement sénégalais a engagé un audit des contrats pétroliers et gaziers hérités des précédentes administrations. L’exécutif entend renégocier certaines clauses jugées défavorables aux intérêts publics et renforcer la part captée par l’État sur la rente extractive. Dans ce climat, le dossier Sangomar sert de test grandeur nature pour la nouvelle doctrine des autorités, qui cherchent à concilier attractivité pour les investisseurs internationaux et retombées maximales pour les finances publiques.

Les revenus attendus de Sangomar sont significatifs pour l’économie sénégalaise. Le budget de l’État tirait de ce projet des recettes estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an au prix moyen actuel du baril, complétées par les redevances associées au gisement gazier Grand Tortue Ahmeyim, exploité en association avec la Mauritanie et opéré par BP. La combinaison de ces deux projets place le Sénégal dans une nouvelle catégorie parmi les producteurs d’hydrocarbures de la région, aux côtés du Nigeria, du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

Reste que la fenêtre d’opportunité pour développer pleinement le potentiel de Sangomar se resserre. Les majors internationales orientent progressivement leurs allocations de capital vers des projets à faible intensité carbone, et la transition énergétique impose une discipline accrue sur les nouveaux investissements upstream. Pour Woodside comme pour Petrosen, la rapidité d’exécution de la Phase 2 conditionnera la rentabilité globale de l’aventure sénégalaise. Selon PressAfrik.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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