RDC et AFC/M23 reprennent langue en Suisse pour relancer la paix

Modern conference room setup with white chairs arranged neatly.Photo : Newman Photographs / Pexels

Près de cinq mois après leur dernière séquence de négociations tenue aux abords de Montreux, les délégations du gouvernement congolais et de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) se retrouvent de nouveau en Suisse. L’objectif affiché est clair : redonner du souffle à un processus de paix devenu presque atone, sur fond de persistance des combats dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et d’une crise humanitaire qui s’aggrave dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Une reprise de dialogue attendue après un long silence diplomatique

Depuis la dernière rencontre helvétique, les canaux de discussion entre Kinshasa et la rébellion soutenue, selon plusieurs rapports onusiens, par le Rwanda voisin, n’ont produit que des avancées limitées. Les engagements pris de part et d’autre sur le terrain, notamment sur le retrait de certaines positions ou l’ouverture de couloirs humanitaires, sont restés largement lettre morte. La médiation, qui associe des partenaires internationaux dont la Confédération suisse et des acteurs américains, cherche depuis lors à ranimer un cadre de négociation crédible.

Ce retour à la table intervient dans un contexte où le processus dit de Washington, engagé parallèlement au volet régional piloté par le Qatar avec Doha comme théâtre principal, peine à convertir les déclarations d’intention en gestes concrets. Les diplomates impliqués reconnaissent en privé que la fenêtre d’opportunité se rétrécit à mesure que les positions se durcissent sur le front militaire, notamment autour de Goma et de Bukavu, deux capitales provinciales passées sous contrôle du M23 au premier trimestre.

Un agenda technique sous forte pression militaire

Les discussions suisses devraient porter sur les points restés en suspens depuis Montreux : mise en œuvre effective d’un cessez-le-feu vérifiable, mécanismes de désescalade sur les lignes de contact, questions relatives aux déplacés internes et amorce d’un dialogue politique de fond. Chaque volet cristallise ses propres blocages. Kinshasa exige un retrait des positions conquises et refuse toute négociation qui reviendrait à valider un fait accompli territorial. L’AFC/M23, de son côté, met en avant des revendications politiques et sécuritaires qu’elle juge non satisfaites depuis plus d’une décennie.

Reste que les rapports du panel d’experts des Nations unies continuent de pointer l’implication d’unités des Forces rwandaises de défense (RDF) aux côtés du M23, ce que Kigali conteste. Cette dimension régionale complique toute médiation strictement bilatérale entre le gouvernement congolais et le mouvement rebelle. Les facilitateurs cherchent donc à articuler le volet interne, où se joue la relation entre l’État congolais et la coalition AFC, et le volet régional, qui engage la relation entre Kinshasa et Kigali.

Ce que révèle le choix persistant de la Suisse

Le choix de la Suisse comme lieu de reprise n’est pas anodin. Berne s’est progressivement imposée comme un espace discret de négociation sur le dossier congolais, en complémentarité avec Doha et Washington. La neutralité affichée de la Confédération et son expérience en matière de médiation, notamment via le Centre pour le dialogue humanitaire, offrent un cadre jugé acceptable par les deux parties. Ce format à huis clos permet également d’éviter la pression médiatique susceptible de bloquer les concessions techniques.

Pour Kinshasa, l’enjeu politique est double. Il s’agit d’une part de démontrer aux partenaires internationaux, notamment européens et américains, une volonté de règlement négocié, gage de préservation de l’aide budgétaire et sécuritaire. D’autre part, le pouvoir de Félix Tshisekedi doit composer avec une opinion publique et une frange parlementaire hostiles à toute concession territoriale ou politique perçue comme une capitulation. Pour l’AFC/M23, dirigée sur le plan politique par Corneille Nangaa, ces pourparlers constituent une occasion de consolider un statut d’interlocuteur reconnu, alors que ses positions militaires demeurent contestées par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés.

Les prochains jours diront si cette séquence helvétique débouche sur un calendrier opérationnel ou si elle rejoint la longue liste des rencontres ayant produit des communiqués sans effet mesurable sur le terrain. Selon PressAfrik, les deux délégations se sont bien retrouvées en Suisse pour tenter de relancer le processus de paix.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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