La scène politique sénégalaise vient d’enregistrer une nouvelle passe d’armes entre figures de la vie publique. Bachir Fofana, communicant proche du pouvoir en place à Dakar, a vivement contesté les propos tenus par Marie Rose Faye, ancienne cadre affiliée à l’opposition, qui avait affirmé que la Primature ne disposait pas de ressources financières propres. Cette controverse illustre l’âpreté du débat qui entoure la gestion de l’appareil d’État depuis l’alternance politique intervenue en 2024.
Une déclaration jugée infondée sur le fonctionnement de la Primature
La sortie de Marie Rose Faye, largement relayée sur les réseaux sociaux et dans la presse en ligne sénégalaise, portait sur la structure budgétaire de la Primature. Selon elle, l’institution dirigée par le Premier ministre Ousmane Sonko ne disposerait pas de fonds spécifiques lui permettant d’agir de manière autonome. Une affirmation que Bachir Fofana a immédiatement contestée, y voyant une méconnaissance des mécanismes budgétaires qui régissent le fonctionnement des institutions de la République.
Pour le communicant, cette déclaration relève moins du diagnostic technique que de la manœuvre politique. La Primature dispose, comme toutes les institutions rattachées à l’exécutif, de lignes budgétaires inscrites dans la loi de finances annuelle, votée par l’Assemblée nationale. Ces crédits couvrent aussi bien le fonctionnement courant que les missions de coordination gouvernementale confiées au chef du gouvernement.
Une bataille de récits dans un Sénégal politiquement clivé
Cette controverse dépasse la simple querelle personnelle entre deux communicants. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de repositionnement politique, marqué par la victoire de la coalition Pastef à la présidentielle de mars 2024 et par la large majorité obtenue lors des législatives anticipées de novembre 2024. Depuis, la confrontation entre les tenants du nouveau pouvoir et les figures issues du régime précédent se joue autant sur le terrain institutionnel que dans l’espace médiatique.
Les proches du gouvernement Sonko, dont Bachir Fofana est régulièrement l’un des porte-voix officieux, multiplient les interventions publiques pour défendre le bilan de la Primature. À l’inverse, plusieurs personnalités de l’ancien Benno Bokk Yaakaar, coalition qui soutenait Macky Sall, s’attachent à documenter ce qu’elles considèrent comme des incohérences dans la gouvernance actuelle. Marie Rose Faye s’inscrit dans cette dernière ligne.
Concrètement, la question des fonds de la Primature renvoie à un enjeu institutionnel plus profond : celui du poids réel du Premier ministre dans l’architecture du pouvoir sénégalais. Depuis le retour du poste, supprimé puis rétabli sous le mandat précédent, le débat sur l’autonomie de la Primature vis-à-vis de la Présidence n’a jamais totalement cessé. Il ressurgit aujourd’hui avec une acuité particulière, tant l’attelage Diomaye Faye-Sonko structure la vie politique nationale.
Un signal envoyé aux observateurs de la gouvernance sénégalaise
Au-delà de l’écume médiatique, la controverse touche à la crédibilité des institutions et à la qualité du débat public. Les investisseurs, les partenaires techniques et financiers ainsi que les diplomates en poste à Dakar suivent avec attention ces échanges, qui renseignent sur la stabilité du dispositif exécutif. Le Sénégal, bénéficiaire d’un programme du Fonds monétaire international et engagé dans un ambitieux plan de redressement des comptes publics, ne peut se permettre un flou prolongé sur le fonctionnement de ses institutions centrales.
Bachir Fofana, en choisissant de répondre publiquement et de manière frontale, entend visiblement occuper l’espace pour empêcher qu’un récit alternatif ne s’installe durablement. Sa stratégie, agressive dans le ton, s’inscrit dans une logique de communication offensive assumée par plusieurs figures proches du pouvoir. Reste que ce mode de riposte, s’il permet de tenir le terrain médiatique, alimente aussi la polarisation d’une classe politique dont les fractures se creusent mois après mois.
La séquence rappelle enfin que, dans le Sénégal post-alternance, chaque déclaration relative aux ressources publiques est scrutée, contestée et instrumentalisée. Un climat qui promet d’autres échanges vifs dans les semaines à venir. Selon Seneweb, la controverse continue de nourrir les commentaires dans les milieux politiques dakarois.
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