À Ziguinchor, Pastef fustige la « politique sale » et défend la justice

Explore traditional nipa huts in a rural Senegal village, showcasing a serene countryside setting.Photo : Pros Pierre / Pexels

C’est dans son bastion historique de Ziguinchor, capitale régionale de la Casamance, que le parti Pastef a choisi de reprendre la parole pour dénoncer ce qu’il présente comme une « politique sale » menée par ses adversaires et pour défendre les procédures judiciaires en cours au Sénégal. Cette sortie intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la multiplication des passes d’armes entre la majorité présidentielle et une opposition qui conteste plusieurs dossiers sensibles portés devant les tribunaux.

Ziguinchor, laboratoire politique de Pastef

La ville du sud sénégalais n’a pas été choisie au hasard. Ancienne mairie d’Ousmane Sonko avant son accession à la primature, Ziguinchor demeure un fief symbolique pour les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Le parti y cultive un maillage militant serré, hérité des mobilisations de 2021 et 2023, et s’appuie sur une base jeune particulièrement réactive. En reprenant l’initiative sur ce territoire, la formation au pouvoir cherche à réaffirmer la centralité de la Casamance dans son projet politique.

Les responsables locaux du parti ont profité de la tribune pour attaquer frontalement leurs adversaires, accusés de recourir à des méthodes de déstabilisation et à des campagnes de dénigrement contre les figures du pouvoir en place. Le vocabulaire utilisé, direct, tranche avec la ligne institutionnelle défendue par ailleurs par l’exécutif, mais il correspond au registre habituel des cadres régionaux de Pastef face à un électorat qu’ils souhaitent maintenir mobilisé.

La justice, ligne de front rhétorique

Au-delà des attaques contre les adversaires, la défense de la justice occupe une place centrale dans le discours porté à Ziguinchor. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, plusieurs procédures visent d’anciens responsables de l’administration précédente, notamment sur des soupçons de mauvaise gestion des deniers publics. Ces dossiers, largement commentés dans la presse sénégalaise, cristallisent les tensions entre les nouvelles autorités et les figures du régime de Macky Sall.

Pour Pastef, il s’agit de présenter ces poursuites comme la mise en œuvre concrète de la promesse de reddition des comptes portée durant la campagne présidentielle. Les cadres du parti insistent sur l’indépendance revendiquée des magistrats et rejettent toute lecture politique des instructions ouvertes. Cette posture vise autant à répondre aux critiques de l’opposition qu’à rassurer une base militante qui attend des résultats tangibles sur ce terrain.

Un signal politique adressé au national

La séquence de Ziguinchor dépasse largement le cadre régional. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de reconquête du terrain médiatique après plusieurs semaines dominées par les controverses sur la situation économique, la gestion budgétaire et les tensions au sein même de la coalition au pouvoir. En choisissant un discours offensif, Pastef entend reprendre l’ascendant narratif et rappeler que sa capacité de mobilisation demeure intacte.

Reste que cette rhétorique polarisante n’est pas sans risque. Plusieurs observateurs de la vie politique sénégalaise estiment que l’invocation permanente d’une « politique sale » attribuée aux adversaires pourrait à terme éroder la crédibilité du discours de rupture porté par le pouvoir, si elle n’est pas accompagnée de résultats concrets sur les dossiers économiques et sociaux. La Casamance, elle-même confrontée à des enjeux de développement, de désenclavement et de sortie durable du conflit qui a marqué son histoire récente, attend des réponses de fond au-delà des joutes verbales.

Dans les prochaines semaines, la capacité de Pastef à traduire son offensive politique en avancées visibles, tant sur le plan judiciaire que sur celui des politiques publiques, sera scrutée de près. Le parti sait que sa légitimité repose désormais sur l’exercice du pouvoir, et non plus sur la seule dynamique protestataire qui l’avait porté aux responsabilités. Selon Seneweb, les responsables locaux entendent poursuivre cette séquence de mobilisation dans les prochains jours.

Pour aller plus loin

Guinée : six corps dans une fosse commune, la Défense rompt le silence · DPG au Sénégal : Abdou Mbow conteste la date du 1er septembre · Sénégal : le FDR active l’article 85 sur le calendrier électoral

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "À Ziguinchor, Pastef fustige la « politique sale » et défend la justice"

Laisser un commentaire