DPG au Sénégal : Abdou Mbow conteste la date du 1er septembre

Circular seating of the Dutch Parliament in Den Haag, Nederland.Photo : Jan van der Wolf / Pexels

La date du 1er septembre avancée pour la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko se heurte à une objection procédurale de poids. Abdou Mbow, figure de l’opposition parlementaire et ancien vice-président de l’Assemblée nationale, estime que ce calendrier est incompatible avec les dispositions du règlement intérieur de l’institution. La controverse relance le débat, déjà vif à Dakar, sur les rapports entre l’exécutif issu du scrutin de mars 2024 et le pouvoir législatif.

Une DPG suspendue à une question de procédure

Selon Abdou Mbow, la tenue de l’exercice à la date annoncée serait « impossible » au regard des règles internes qui encadrent le fonctionnement de l’hémicycle. L’élu s’appuie sur les délais et formalismes prévus par le texte pour convoquer une séance solennelle réunissant l’ensemble des députés autour du chef du gouvernement. À ses yeux, la précipitation observée ces derniers jours autour de l’annonce ne saurait faire l’économie des étapes fixées par la norme parlementaire.

La DPG n’est pas un simple discours de circonstance. Il s’agit d’un acte politique majeur au terme duquel le Premier ministre expose la feuille de route de son gouvernement et engage sa responsabilité devant la représentation nationale. Au Sénégal, l’exercice cristallise depuis plusieurs mois les tensions entre la nouvelle majorité présidentielle, portée par le Pastef, et une Assemblée nationale encore dominée par l’ancienne coalition Benno Bokk Yakaar, dont Abdou Mbow est l’un des porte-voix.

Un bras de fer institutionnel qui s’étire

Depuis la nomination d’Ousmane Sonko à la Primature en avril 2024, la question du format et du calendrier de sa DPG alimente les échanges entre Palais et hémicycle. L’argument juridique brandi par le camp Mbow porte sur la lettre du règlement intérieur, mais il traduit aussi un rapport de force politique. La cohabitation, inédite dans sa configuration actuelle, oblige chaque camp à instrumentaliser la procédure pour peser sur l’agenda.

Pour l’opposition, imposer le respect strict des délais revient à préserver une capacité de contrôle sur l’exécutif. Pour le gouvernement, tenir la date annoncée est un signal de gouvernance et une manière de couper court à des mois d’atermoiements. La contestation portée par l’ancien vice-président de l’Assemblée pourrait, si elle prospère, contraindre la Primature à reporter l’exercice ou à négocier un compromis calendaire avec le bureau de l’institution.

Enjeux politiques d’un rendez-vous très attendu

Au-delà de la querelle procédurale, la DPG doit permettre à Ousmane Sonko de préciser les grandes orientations économiques et sociales de son équipe. Les décideurs sénégalais et les partenaires régionaux attendent des annonces sur la renégociation annoncée des contrats miniers et pétroliers, la trajectoire budgétaire à la suite de l’audit des finances publiques, et le calendrier des réformes de la fonction publique. Autant de sujets qui intéressent directement les investisseurs présents à Dakar et les chancelleries de la sous-région.

Le contexte régional ajoute au poids de l’exercice. Alors que plusieurs voisins ouest-africains traversent des séquences politiques instables, la solidité institutionnelle du Sénégal reste un actif stratégique pour Dakar. Un blocage prolongé autour de la DPG, ou un passage en force perçu comme tel, pourrait entamer cette réputation. À l’inverse, une sortie négociée entre exécutif et Assemblée conforterait l’image d’une démocratie capable de traiter ses désaccords par le droit.

Reste à savoir si les arguments avancés par Abdou Mbow trouveront un écho au sein du bureau de l’Assemblée et de la Conférence des présidents, seuls habilités à trancher la question du calendrier. Les prochains jours seront décisifs pour lever l’incertitude sur la date effective de l’intervention du Premier ministre devant les députés. Selon Dakaractu, le député soutient que la programmation retenue ne peut être maintenue en l’état.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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