TriLinc déprécie sa créance sur Producam à 7,26 milliards FCFA

Cocoa beans drying outdoors in Ife, Nigeria, emphasizing natural food processing.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

La créance de TriLinc Global Impact Fund sur Producam, négociant camerounais de cacao et de café dirigé par Emmanuel Neossi, ne vaut plus que 7,26 milliards de FCFA dans les comptes du fonds américain, alors que le principal restant s’élève à 9,26 milliards. L’écart, proche de 2 milliards de FCFA, ressort du rapport trimestriel arrêté au 30 juin 2026 et déposé le 12 août auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité américaine des marchés financiers. Exprimés en devise américaine, ces montants correspondent à un principal de 16,078 millions de dollars pour une juste valeur estimée à 12,604 millions, convertis au cours de référence de 575,70 FCFA pour un dollar.

Une décote qui s’est creusée au premier semestre 2026

La dépréciation s’est accentuée en six mois. Fin décembre 2025, TriLinc valorisait encore la créance à 13,526 millions de dollars, soit environ 7,79 milliards de FCFA. Au 30 juin 2026, l’estimation recule à 12,604 millions, une baisse de 921 650 dollars, autour de 531 millions de FCFA. Le gestionnaire attribue explicitement cette nouvelle perte de valeur à la persistance des retards de recouvrement.

La méthode retenue repose sur une projection des revenus futurs susceptibles d’être encaissés, à laquelle est appliquée une décote intégrant le facteur temps et le risque de contrepartie. Cette valorisation relève du niveau 3 dans la hiérarchie comptable, catégorie réservée aux actifs pour lesquels aucun prix de marché observable n’existe. Concrètement, la juste valeur dépend d’hypothèses internes au gestionnaire, ce qui explique la sensibilité de l’évaluation à toute évolution du dossier. La décote de 21,6 % ne préjuge cependant pas d’une perte définitive, ni d’une renonciation à recouvrer la totalité des sommes dues.

Un dossier ouvert depuis 2018 et restructuré en 2021

L’exposition remonte au printemps 2018. Entre mars et juin de cette année-là, TriLinc a acquis trois participations totalisant 15,986 millions de dollars dans un financement commercial accordé à Producam pour ses opérations d’exportation. Selon la lecture du fonds, Africa Merchant Capital Group (AMC), alors gestionnaire du crédit, aurait signalé dès le troisième trimestre 2018 que Producam avait utilisé le produit de ventes de stocks pour combler ses besoins de trésorerie plutôt que pour rembourser la dette. Le rapport ne contient pas la version du négociant camerounais sur cet épisode.

Le dossier a ensuite été restructuré. En avril 2021, Scipion Capital a repris la main sur la gestion, avec pour mandat notamment d’activer les garanties. Le taux d’intérêt initial de 17,5 % a été ramené rétroactivement, au 1er janvier 2019, à 9,5 % pour les deux tranches cacao et à 6 % pour la ligne café. Une partie des intérêts a par ailleurs été capitalisée : incorporés au principal plutôt que payés à échéance, ils expliquent que le nominal comptabilisé au 30 juin 2026 dépasse légèrement l’investissement initial.

Le contentieux se joue désormais devant la justice britannique

L’échéance du financement est fixée au 31 décembre 2024. La créance est aujourd’hui classée en défaut et en non-accrual, catégorie qui suspend la comptabilisation automatique des intérêts contractuels dès lors qu’un doute raisonnable pèse sur leur encaissement. Pour Producam, les intérêts non enregistrés au premier semestre 2026 atteignent 1,022 million de dollars, environ 588 millions de FCFA. Ce manque à gagner est distinct de la décote de 2 milliards de FCFA appliquée au principal.

Le recouvrement ne dépend plus uniquement du négociant camerounais. TriLinc indique espérer récupérer l’essentiel des sommes via une action judiciaire engagée au Royaume-Uni contre le gestionnaire des garanties et son assureur, sans en préciser l’identité, le montant réclamé ni le calendrier procédural. Le dossier Producam pèse pour 4,8 % de la valeur du portefeuille du fonds. Il s’inscrit dans un ensemble fragilisé : 19 sociétés financées par TriLinc étaient en non-accrual au 30 juin 2026, pour 129,57 millions de dollars, soit 49,3 % de la juste valeur des investissements. Une Watch List de 21 dossiers sous surveillance renforcée représentait par ailleurs 51,1 % du portefeuille.

Au Cameroun, Producam est historiquement rattachée à Emmanuel Neossi, également promoteur de Neo Industry SA, société qui exploite depuis avril 2019 l’usine de transformation de cacao de Kékem. Le rapport déposé auprès de la SEC qualifie toutefois l’investissement litigieux de financement commercial destiné aux activités de négoce, sans mentionner Neo Industry parmi les emprunteurs. Le document ne conclut pas à une faillite de Producam et reste muet sur sa situation opérationnelle actuelle. Selon Investir au Cameroun.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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