Israël refuse de coopérer avec le Conseil de la paix pour Gaza

A woman in traditional attire washes clothes among the rubble in Gaza, depicting resilience.Photo : Hosny salah / Pexels

Israël a signifié son refus de collaborer avec le « Conseil de la paix », instance internationale envisagée pour piloter la phase transitoire dans la bande de Gaza. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, les autorités israéliennes rejettent tant la composition de l’organe que le mandat élargi que ses promoteurs américains entendent lui confier. Ce blocage intervient alors que le plan de sortie de crise élaboré sous l’égide de Washington bute déjà sur la question de l’autorité civile appelée à administrer l’enclave palestinienne.

Le dispositif contesté s’inscrit dans la feuille de route présentée ces derniers mois par la Maison Blanche, qui prévoit une gouvernance intérimaire multilatérale à Gaza après la fin des opérations militaires. Le Conseil doit théoriquement associer des puissances régionales, plusieurs États arabes ainsi que des représentants palestiniens acceptables par la communauté internationale. Sa mission couvrirait la sécurité, la reconstruction et la coordination de l’aide humanitaire, avec un horizon de plusieurs années.

Un veto israélien qui déstabilise le plan américain

Pour le cabinet de Benjamin Netanyahu, l’existence même d’une telle structure empiéterait sur la liberté d’action militaire d’Israël dans l’enclave. Les responsables israéliens redoutent qu’un mécanisme international, doté d’une légitimité onusienne ou multilatérale, ne devienne à terme un vecteur de reconnaissance d’une autorité palestinienne unifiée. Cette perspective heurte de front la doctrine de la coalition au pouvoir à Tel-Aviv, hostile à toute réactivation d’un processus politique menant à un État palestinien.

Le refus israélien place l’administration américaine dans une position délicate. Washington a investi un capital diplomatique considérable pour convaincre les capitales arabes, en particulier Riyad, Le Caire, Amman et Abou Dhabi, de participer à l’effort de stabilisation. Or ces partenaires ont conditionné leur engagement à l’existence d’un horizon politique crédible pour les Palestiniens, articulé autour d’une gouvernance civile distincte de l’occupation militaire. Le blocage israélien fragilise cette équation.

Les États arabes en position d’attente

Sur le plan régional, plusieurs chancelleries observent la séquence avec méfiance. L’Arabie saoudite a rappelé à plusieurs reprises que sa participation à toute architecture post-conflit resterait subordonnée à un engagement clair en faveur de la solution à deux États. Les Émirats arabes unis, pourtant signataires des accords d’Abraham, ont eux aussi conditionné leur implication à une évolution substantielle de la position israélienne. Le refus formalisé de coopérer avec le Conseil de la paix éloigne cette perspective.

Dans le même temps, l’Autorité palestinienne, marginalisée depuis le déclenchement du conflit en octobre 2023, tente de se repositionner comme interlocutrice incontournable. Sa direction pousse pour être associée, même de manière indirecte, à tout mécanisme international. Ramallah y voit une occasion de restaurer sa crédibilité, érodée par la fragmentation territoriale et institutionnelle entre la Cisjordanie et Gaza. Israël, à l’inverse, refuse catégoriquement tout retour, même symbolique, de l’Autorité dans l’enclave.

Reconstruction et sécurité en suspens

Concrètement, l’absence de structure de gouvernance acceptée par toutes les parties gèle la mobilisation des financements internationaux destinés à la reconstruction. Les évaluations préliminaires chiffrent les besoins à plusieurs dizaines de milliards de dollars, avec des délais s’étalant sur une décennie au minimum. Aucun bailleur, qu’il s’agisse des monarchies du Golfe, de l’Union européenne ou des institutions multilatérales, n’acceptera de décaisser en l’absence d’un cadre politique stabilisé.

Reste la question sécuritaire, qui cristallise l’essentiel des tensions. Le projet américain envisage le déploiement d’une force multinationale, éventuellement adossée à des contingents arabes, pour assurer le maintien de l’ordre et le désarmement progressif des factions armées. Israël exige un droit de regard total sur cette force, une prérogative que les États potentiellement contributeurs jugent inacceptable. Le veto israélien au Conseil de la paix rend ce compromis plus difficile encore à négocier.

La séquence en cours illustre la difficulté persistante à faire converger les agendas américain, israélien et arabes autour d’un modèle de sortie de crise pour Gaza. Tant que Tel-Aviv refusera d’inscrire son action dans un cadre multilatéral, la phase transitoire restera suspendue à l’évolution du rapport de force sur le terrain et à l’arbitrage politique de Washington. Selon Al Akhbar, aucun calendrier alternatif n’a pour l’heure été présenté par le cabinet israélien.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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