Le Hezbollah dénonce les violations israéliennes du cessez-le-feu au Liban

Aerial shot capturing a barren landscape with a lush forest cluster surrounded by arid terrain.Photo : Anthony Rahayel / Pexels

Le Hezbollah a haussé le ton face à ce qu’il présente comme une érosion continue du cadre étatique libanais sous la pression militaire israélienne. Dans une déclaration relayée par le quotidien libanais Al Akhbar, la formation chiite affirme que « l’ennemi » israélien piétine ouvertement l’accord de cessation des hostilités conclu fin 2024, tout en réduisant les autorités de Beyrouth à un rôle de spectateur. Le mouvement estime que la libération ponctuelle de détenus libanais ne saurait justifier la poursuite d’un processus dont il juge l’échec désormais patent.

Un cadre de cessez-le-feu vidé de sa substance

La position exprimée par le Hezbollah cible directement le mécanisme issu de l’accord du 27 novembre 2024, censé encadrer la fin des hostilités entre Israël et le Liban après plus d’un an d’affrontements ouverts. Pour la formation dirigée par Naïm Qassem, ce dispositif, supervisé par un comité incluant les États-Unis et la France, s’est mué en instrument à sens unique. Les frappes israéliennes récurrentes sur le sud du Liban, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth démontrent, selon le parti, que Tel-Aviv considère l’accord comme une contrainte pesant uniquement sur la partie libanaise.

Le message porté par Al Akhbar, journal proche de l’axe de la résistance, insiste sur une notion centrale : l’« encadrement » de l’autorité étatique libanaise. Le vocabulaire choisi renvoie à l’idée que l’État, ses institutions et son armée sont désormais soumis à un périmètre d’action dicté depuis l’extérieur. Cette lecture rejoint les critiques régulièrement formulées à l’encontre du gouvernement de Nawaf Salam, accusé par ses détracteurs de trop concéder aux exigences américaines et israéliennes en matière de désarmement des factions au sud du Litani.

La question des prisonniers, levier symbolique

La libération, ces dernières semaines, de plusieurs détenus libanais retenus par Israël avait été présentée par certains cercles diplomatiques comme un signe de bonne volonté et un argument pour prolonger le processus en cours. Le Hezbollah rejette frontalement cette interprétation. Selon la position rapportée, ces gestes ponctuels ne compensent pas l’ampleur des violations quotidiennes ni la persistance de l’occupation de cinq points de surplomb sur le territoire libanais, revendiqués par Israël pour des raisons de sécurité.

Pour le parti, accepter cette logique reviendrait à valider un troc déséquilibré : quelques libérations en échange d’une acceptation implicite des frappes ciblées, des survols quotidiens et d’une pression militaire continue. Le mouvement rappelle que la trajectoire diplomatique en cours n’a permis ni le retrait complet des forces israéliennes des positions frontalières, ni l’arrêt des assassinats de ses cadres, ni le retour serein des populations déplacées vers les villages détruits du Liban-Sud.

Un signal politique adressé à Beyrouth

Au-delà du volet sécuritaire, la déclaration comporte une dimension politique interne. Elle intervient alors que l’exécutif libanais, sous la présidence de Joseph Aoun, tente de reprendre la main sur le dossier des armes non étatiques et cherche à démontrer aux bailleurs internationaux sa capacité à imposer le monopole de la force publique. Le Hezbollah, en dénonçant un « chemin qui a prouvé son échec », signifie qu’il n’entend pas laisser ce chantier avancer sans contrepartie tangible sur le terrain.

Cette posture pèsera sur les discussions à venir avec l’émissaire américain, dont les navettes entre Beyrouth, Tel-Aviv et les capitales arabes se sont intensifiées depuis l’été. Elle complique également la tâche de l’armée libanaise, chargée du déploiement au sud du fleuve Litani conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, alors que ses moyens restent limités et que la coordination avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) traverse une phase délicate.

Reste que la marge de manœuvre du parti chiite s’est visiblement réduite depuis la disparition de plusieurs de ses dirigeants historiques et l’affaiblissement de son dispositif militaire. Sa dénonciation du cadre en vigueur traduit moins une menace de rupture immédiate qu’un avertissement adressé aux médiateurs : sans réciprocité, l’architecture actuelle risque de s’effondrer sous son propre poids. Selon Al Akhbar, la formation entend maintenir cette ligne dans les prochaines semaines.

Pour aller plus loin

Un pétrolier iranien visé par une frappe, Téhéran dément un raid à Ispahan · Liban-Sud : 57 victimes des mines et munitions israéliennes non explosées · Liban : un veto américain bloque la formation du gouvernement

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Le Hezbollah dénonce les violations israéliennes du cessez-le-feu au Liban"

Laisser un commentaire