Liban : la destruction de l’hôpital Ghandour à Nabatiyé interroge

Abandoned building ruins with overgrown plants under a cloudy summer sky.Photo : Borys Zaitsev / Pexels

La frappe qui a réduit en ruines l’hôpital Ghandour, établissement de référence de la ville de Nabatiyé au Sud-Liban, s’inscrit dans une séquence d’attaques israéliennes visant les infrastructures civiles de la région. La destruction de cet équipement hospitalier, l’un des plus importants du caza, prive une population déjà éprouvée d’un accès essentiel aux soins. Elle intervient dans un contexte où la trêve censée encadrer les relations entre Israël et le Hezbollah demeure fragile, régulièrement mise à mal par des opérations ponctuelles au sud du fleuve Litani.

Nabatiyé, cible récurrente d’une campagne d’attrition

Chef-lieu du Sud-Liban intérieur, Nabatiyé concentre plusieurs services publics névralgiques et sert de bassin d’accueil pour les habitants des villages frontaliers. Depuis la reprise des opérations aériennes israéliennes sur le territoire libanais, la ville a été frappée à de multiples reprises, ses marchés historiques, ses édifices administratifs et désormais ses structures de santé subissant des dommages considérables. L’hôpital Ghandour, connu localement pour sa capacité d’accueil et son plateau technique, faisait figure de pilier sanitaire pour l’ensemble du gouvernorat.

La destruction d’un tel établissement dépasse la simple perte matérielle. Elle désorganise la chaîne de prise en charge des urgences, contraint les patients chroniques à des déplacements longs vers Saïda ou Beyrouth, et fragilise un système hospitalier libanais déjà miné par cinq années de crise financière. La livre libanaise s’étant effondrée depuis 2019, la reconstitution d’un plateau médical de cette envergure supposera des financements internationaux dont la mobilisation reste incertaine.

Une méthode qui rappelle l’enclave gazaouie

La question posée par la presse libanaise, notamment par le quotidien Al Akhbar, tient à la reproduction éventuelle au Sud-Liban du schéma opérationnel expérimenté à Gaza. Dans l’enclave palestinienne, l’Organisation mondiale de la santé a documenté depuis octobre 2023 des centaines d’attaques contre le personnel et les installations médicales, aboutissant à la mise hors service de la quasi-totalité des hôpitaux. Le ciblage d’un établissement civil à Nabatiyé, s’il devait être suivi d’autres frappes du même type, dessinerait une logique similaire : rendre le territoire inhabitable, pousser les populations à l’exode, saper les capacités de résilience du tissu social.

Le droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels, accorde une protection renforcée aux structures sanitaires. Leur destruction ne peut être justifiée qu’en cas d’utilisation à des fins strictement militaires, et suppose un avertissement préalable ainsi qu’un délai raisonnable d’évacuation. Les circonstances entourant la frappe sur Ghandour devront être documentées avec précision pour permettre l’établissement des responsabilités, tâche à laquelle plusieurs ONG libanaises et internationales s’attellent déjà.

Un test pour la trêve et pour la communauté internationale

Sur le plan diplomatique, la destruction de l’hôpital place Washington et Paris, garants du cessez-le-feu conclu à l’automne 2024, face à leurs responsabilités. Les capitales occidentales ont jusqu’ici privilégié une approche prudente, refusant de qualifier les frappes israéliennes de violations caractérisées de l’accord. Cette retenue nourrit au Liban un sentiment d’abandon, notamment parmi les élites politiques favorables à un désengagement du Hezbollah au sud du Litani, qui peinent à démontrer les bénéfices concrets de la désescalade.

Pour le gouvernement libanais, dirigé par Nawaf Salam, la marge de manœuvre demeure étroite. L’exécutif tente de renforcer le déploiement de l’armée régulière dans les zones frontalières, conformément aux engagements pris auprès des médiateurs internationaux. Mais chaque frappe d’ampleur sur une infrastructure civile érode la crédibilité de cette stratégie et alimente l’argumentaire de ceux qui, à Beyrouth comme à Téhéran, contestent la validité même du cessez-le-feu.

Reste que la répétition de ce type d’attaques pourrait, à terme, transformer la configuration démographique du Sud-Liban. En privant les habitants d’écoles, de commerces et désormais d’hôpitaux, les frappes créent les conditions d’un dépeuplement rampant, similaire à celui observé dans plusieurs localités du nord de Gaza. Selon Al Akhbar, la question n’est plus de savoir si un scénario gazaoui est possible au Liban, mais à quel rythme il pourrait s’y installer.

Pour aller plus loin

Le CGRI vise des navires de guerre américains, Washington dénonce · Liban-Sud : deux morts dans une nouvelle frappe israélienne à Arabsalim · Israël refuse de coopérer avec le Conseil de la paix pour Gaza

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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