Les pourparlers entre le Liban et Israël se poursuivront à Rome, le mois prochain, selon une annonce de l’ambassade des États-Unis à Beyrouth. La mission diplomatique américaine a confirmé la tenue d’une nouvelle session bilatérale sous supervision internationale, prolongeant ainsi le mécanisme mis en place à la faveur du cessez-le-feu conclu fin 2024 entre Israël et le Hezbollah. Le choix de la capitale italienne, déjà utilisée comme cadre de discussions techniques ces derniers mois, illustre la volonté de Washington de sanctuariser un canal de dialogue à distance des théâtres militaires.
Un canal diplomatique piloté depuis Washington
Depuis l’entrée en vigueur de la trêve, l’administration américaine s’est imposée comme l’architecte principal du suivi des engagements pris par les deux parties. Elle copréside, aux côtés de la France, le comité de supervision chargé d’observer le retrait israélien du sud du Litani et le redéploiement de l’armée libanaise dans la zone. Rome sert de point de rencontre régulier pour aborder les questions les plus sensibles : tracé de la frontière terrestre, points contestés le long de la Ligne bleue, prisonniers encore détenus par Israël, et sort des positions militaires qui n’ont pas été évacuées.
L’annonce de l’ambassade américaine intervient alors que la tension militaire n’a pas totalement reflué. Les frappes israéliennes ciblées se sont poursuivies ces derniers mois sur plusieurs localités du Liban-Sud et de la Békaa, en dépit du cadre d’apaisement officiellement en vigueur. Beyrouth dénonce régulièrement des violations répétées de la trêve, tandis que Tel-Aviv invoque la lutte contre la reconstitution des capacités militaires du Hezbollah pour justifier ces opérations. La reprise du dialogue à Rome doit précisément permettre de rediscuter des règles d’engagement et des mécanismes de vérification.
Un dossier frontalier qui cristallise les blocages
Sur le fond, les discussions butent toujours sur une série de points géographiques litigieux le long de la frontière terrestre. Treize secteurs restent à trancher, dont plusieurs revendiqués par le Liban comme faisant partie intégrante de son territoire au titre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. La partie libanaise a plusieurs fois répété qu’elle n’engagerait aucune négociation à caractère politique et qu’elle limiterait strictement les échanges à leur dimension technique, sous l’égide de l’ONU et des parrains internationaux.
Cette ligne, défendue par la présidence libanaise et le gouvernement de Nawaf Salam, vise à éviter toute lecture d’une normalisation rampante avec Israël. Le pays demeure formellement en état de guerre avec son voisin méridional, et l’opinion publique reste hostile à toute forme de contact direct hors du cadre technique. Les autorités libanaises insistent sur le fait que la délégation qui se rendra à Rome sera composée de militaires et de diplomates, à l’exclusion de toute figure politique de premier plan.
L’ombre régionale sur les pourparlers de Rome
Le rendez-vous romain s’inscrit dans un environnement régional en pleine recomposition. La chute du régime syrien fin 2024, l’affaiblissement militaire du Hezbollah au terme de plus d’un an d’affrontements avec Israël, et la relance des discussions sur le nucléaire iranien redessinent en profondeur les équilibres du Levant. Washington cherche à capitaliser sur ce nouveau contexte pour verrouiller un accord de stabilisation durable sur la frontière nord d’Israël, considéré comme la pierre angulaire de son architecture sécuritaire régionale.
Pour Beyrouth, l’enjeu est double. Il s’agit à la fois d’obtenir la libération des derniers prisonniers libanais, la restitution intégrale des territoires encore occupés et l’arrêt des frappes, mais aussi de préserver la souveraineté de l’État sur un dossier historiquement instrumentalisé par les acteurs non étatiques. La question du désarmement des groupes armés au sud du Litani, exigence israélienne relayée par les Américains, restera l’un des noeuds les plus sensibles des prochaines sessions.
La date exacte de la rencontre et la composition des délégations n’ont pas encore été officiellement communiquées. Selon Al Akhbar, l’ambassade américaine s’est bornée à confirmer la tenue des discussions à Rome au cours du mois prochain, sans autre précision de calendrier.
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