La position du Hezbollah face aux tractations diplomatiques en cours autour du Liban a été clarifiée sans détour. Le député Hassan Fadlallah, figure influente du bloc parlementaire de la Loyauté à la Résistance, a affirmé que la formation chiite ne se sent nullement engagée par les négociations évoquées par diverses capitales, et qu’elle s’emploiera à faire échouer ce qu’elle qualifie de complot dirigé contre l’axe de la Résistance. La déclaration, livrée dans un contexte régional saturé de pressions, fixe une ligne rouge claire à l’adresse de Beyrouth comme de Washington.
Une fin de non-recevoir aux tractations en cours
En écartant toute implication directe dans le processus de négociation, Hassan Fadlallah signifie que le parti refuse d’apparaître comme partie à un dialogue dont l’objet porterait sur ses capacités militaires. Le message est double. Il s’adresse d’abord à l’exécutif libanais, sommé indirectement de ne pas engager le mouvement sur des dossiers que celui-ci juge stratégiquement non négociables. Il vise ensuite les médiateurs étrangers, américains en premier lieu, dont l’envoyé Amos Hochstein avait multiplié les déplacements pour tenter d’arrimer le sud du Liban à un cadre sécuritaire négocié avec Israël.
Le député insiste sur la dimension souveraine du dossier. Pour le Hezbollah, toute discussion qui contournerait la dynamique de soutien à Gaza ou qui isolerait les fronts ouverts depuis octobre 2023 reviendrait à céder un acquis politique et militaire. La formation considère que la guerre de soutien menée depuis le sud-Liban a confirmé sa centralité dans l’équation régionale, malgré les coups encaissés lors de l’offensive israélienne de l’automne 2024.
La ligne rouge du désarmement
Derrière la formule sur le complot à faire échouer, c’est bien la question des armes du parti qui est visée. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié fin novembre 2024 sous l’égide de Washington et de Paris, l’État libanais est appelé à étendre son monopole de la force jusqu’au fleuve Litani, en application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Israël et les États-Unis poussent pour aller plus loin, en plaidant un désarmement global du mouvement, y compris au nord du Litani. Une perspective que le Hezbollah rejette frontalement.
Hassan Fadlallah s’inscrit dans la continuité du discours tenu par le secrétaire général Naïm Qassem, qui a fait du maintien de la capacité défensive un axe non négociable. La rhétorique du complot, récurrente dans la communication du parti, vise à disqualifier par avance toute initiative interne ou externe susceptible d’aboutir à un démantèlement progressif de l’arsenal. Elle permet aussi de souder une base communautaire éprouvée par treize mois de guerre, par les destructions massives dans la banlieue sud de Beyrouth, dans la Bekaa et au Sud, et par la disparition d’une partie de son commandement historique.
Beyrouth coincé entre injonctions et fragilité
Le gouvernement libanais évolue sur une ligne de crête. La présidence Aoun et le cabinet Salam, installés début 2025, ont fait de la restauration de l’autorité de l’État un objectif affiché, sous la pression conjointe de la communauté internationale et des bailleurs du Golfe. Mais l’équation politique interne demeure verrouillée par le poids parlementaire du tandem chiite et par la persistance des frappes israéliennes ponctuelles, qui alimentent l’argumentaire défensif du Hezbollah.
La sortie de Hassan Fadlallah doit être lue comme un avertissement adressé aux acteurs libanais tentés d’avancer sur le dossier des armes sans l’aval du parti. Elle survient alors que plusieurs capitales occidentales conditionnent leur appui à la reconstruction, estimée à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, à des avancées tangibles sur la souveraineté militaire de l’État. Le bras de fer s’annonce long, et les marges de compromis étroites tant que les frappes israéliennes se poursuivent et que la séquence de Gaza reste ouverte.
Selon Al Akhbar.
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