Naïm Qassem rejette tout désarmement du Hezbollah au Liban

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le numéro un du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, a réaffirmé l’intransigeance de la formation chiite libanaise sur la question des armes. Dans une déclaration relayée par le quotidien beyrouthin Al Akhbar, il a balayé l’idée d’un arrêt de la « résistance », assimilant cette perspective au « rêve d’Iblis d’entrer au paradis ». La formule, empruntée au registre religieux, signe une fin de non-recevoir adressée à la fois aux émissaires américains, à l’État hébreu et aux voix libanaises qui plaident pour une mise sous tutelle de l’arsenal du parti.

Cette sortie intervient alors que Beyrouth subit une pression diplomatique soutenue depuis la guerre de l’automne 2024 et le cessez-le-feu conclu en novembre de la même année avec Israël. Les chancelleries occidentales martèlent que l’application intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en 2006, suppose le transfert exclusif des armes à l’armée libanaise au sud du Litani. Le Hezbollah, lui, considère que la menace israélienne reste vive et justifie le maintien de ses capacités militaires.

Une ligne politique verrouillée face à Washington

En refusant publiquement toute renonciation à son armement, Naïm Qassem clôt la séquence ouverte par les missions répétées de l’émissaire américain Amos Hochstein, puis par les démarches conduites depuis le retour de l’administration Trump. La nouvelle équipe diplomatique de Washington a multiplié les signaux exigeant un désarmement effectif du parti chiite, condition posée à la stabilisation du sud-Liban et au déblocage d’une aide internationale dont le pays a un besoin pressant.

Le successeur de Hassan Nasrallah, tué en septembre 2024 lors d’une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, hérite d’un appareil affaibli mais soucieux de préserver sa centralité politique. Sa rhétorique tranche avec les appels au compromis émanant d’une partie de la classe dirigeante libanaise, notamment depuis l’élection du président Joseph Aoun en janvier et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. Le chef de l’État a fait du monopole de la violence légitime un axe de son discours d’investiture, ce qui place de facto le mouvement chiite en porte-à-faux.

Le sud-Liban, ligne de fracture stratégique

Sur le terrain, les forces israéliennes maintiennent des positions à l’intérieur du territoire libanais, en violation, selon Beyrouth, des termes du cessez-le-feu. Des frappes ciblées continuent de viser des cadres présumés du Hezbollah dans la Bekaa et au sud du fleuve Litani. Cette persistance des opérations alimente l’argumentaire de Naïm Qassem : tant que l’occupation se poursuit, soutient-il, la question d’un dépôt des armes ne saurait être posée.

La position défendue par le secrétaire général s’inscrit dans la doctrine historique du parti, formalisée dès les années 1990 et consolidée après le retrait israélien de 2000. Le Hezbollah a toujours conditionné toute discussion sur son arsenal à une « stratégie de défense nationale » élaborée en concertation avec les autres composantes libanaises. Or, ce dialogue interne, plusieurs fois esquissé sous différents présidents, n’a jamais débouché sur un cadre opérationnel.

Un calcul interne et régional

Le raidissement affiché par cheikh Qassem répond aussi à une exigence de cohésion communautaire. Après les pertes humaines et matérielles considérables subies lors de la dernière confrontation avec l’armée israélienne, la base chiite attend de sa direction des signes de continuité idéologique. Concéder publiquement sur la question des armes reviendrait, pour la formation, à fragiliser son ancrage social dans la Bekaa, le Sud et la banlieue sud de la capitale.

Sur le plan régional, Téhéran observe attentivement la séquence. L’affaiblissement de l’axe dit de la « résistance », accentué par la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 et la rupture des couloirs logistiques vers le Levant, accroît la valeur symbolique du Hezbollah dans la stratégie iranienne. La République islamique, engagée dans des pourparlers indirects avec Washington, ne peut se permettre l’effacement militaire de son principal allié au Levant.

Reste que la marge de manœuvre du parti se rétrécit. Le financement public libanais reste suspendu aux conditions du Fonds monétaire international et des bailleurs du Golfe, qui lient toute reprise à une restauration de la souveraineté étatique sur l’ensemble du territoire. Entre exigences internationales et impératif identitaire, la formule de Naïm Qassem trace une frontière nette : celle d’un refus assumé, fût-il coûteux. Selon Al Akhbar, le secrétaire général a martelé que toute attente d’un renoncement à la résistance relevait de l’illusion pure.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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