Biens mal acquis : Ali Bongo défend son père visé en France

Modern cityscape of Lagos, Nigeria, with residential and commercial buildings near the ocean.Photo : onaopemipo Rufus / Pexels

L’affaire des biens mal acquis de la famille Bongo connaît un nouveau rebondissement à Libreville. Après la sortie du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancien président Ali Bongo Ondimba est monté au créneau pour défendre la mémoire de son père, Omar Bongo Ondimba, visé par une procédure judiciaire relancée en France. Cette prise de parole intervient alors que le patrimoine acquis par le clan sur le sol français continue d’alimenter les investigations conduites par la justice hexagonale.

Un héritage familial rattrapé par la justice française

Le dossier des biens mal acquis, ouvert à Paris depuis plus d’une décennie, cible depuis l’origine trois familles présidentielles africaines, dont celle des Bongo. Les enquêteurs français scrutent le patrimoine immobilier, les comptes bancaires et les acquisitions somptuaires réalisés par des proches d’Omar Bongo Ondimba, décédé en 2009 après plus de quatre décennies au pouvoir. Le contentieux, qui met en cause l’origine des fonds ayant permis ces achats, reste l’un des plus emblématiques de la coopération judiciaire franco-africaine.

La relance récente des poursuites a suscité une réaction en chaîne au sein de l’ancien pouvoir gabonais. Le PDG, formation historique fondée par Omar Bongo et longtemps hégémonique à Libreville, a été le premier à publier une déclaration pour contester la manière dont le nom du défunt chef de l’État est aujourd’hui associé à ce dossier. Le parti dénonce une lecture qu’il estime partiale des relations financières entre le Gabon et la France durant la présidence Bongo père.

Ali Bongo prend la parole pour défendre son père

Ali Bongo Ondimba, écarté du pouvoir en août 2023 par le coup d’État du général Brice Clotaire Oligui Nguema, a rompu son silence pour voler au secours de la mémoire paternelle. L’ancien chef de l’État, dont les apparitions publiques restent rares depuis sa chute, entend contester frontalement les qualifications retenues par la procédure française. Sa sortie marque une inflexion notable : elle rappelle que la famille Bongo, bien que délogée du pouvoir, conserve les ressources pour peser dans le débat public et judiciaire.

La démarche revêt aussi une dimension patrimoniale évidente. Les biens visés en France, qu’il s’agisse d’hôtels particuliers parisiens, de résidences sur la Côte d’Azur ou de véhicules de luxe, représentent un actif considérable dont la confiscation éventuelle scellerait le sort financier d’une partie du clan. En s’exprimant publiquement, l’ancien président cherche à préserver un narratif favorable à sa lignée, à l’heure où la justice française pourrait requalifier plusieurs éléments du dossier.

Un enjeu politique pour la transition gabonaise

Pour les nouvelles autorités de Libreville, la séquence est délicate. Le pouvoir issu de la transition a fait de la lutte contre la corruption et de la reddition des comptes un axe de communication majeur depuis l’éviction d’Ali Bongo. Plusieurs procédures internes ont été engagées contre des personnalités de l’ancien régime, et les investigations françaises viennent, de facto, prolonger cette dynamique à l’extérieur des frontières nationales.

Reste que la question des biens mal acquis dépasse le seul cas gabonais. Elle interroge la doctrine française de restitution des avoirs illicites aux populations spoliées, un principe consacré par la loi du 4 août 2021 et dont la mise en œuvre reste encore balbutiante. Pour Libreville, la perspective d’un retour de fonds sur le territoire national constituerait un test politique et diplomatique, aussi bien pour la transition en cours que pour la relation bilatérale avec Paris.

La bataille judiciaire s’annonce longue. Les avocats de la famille Bongo devraient multiplier les recours, tandis que les magistrats français poursuivent l’audition des témoins et l’analyse des flux financiers. Entre défense de la mémoire d’un patriarche et enjeux patrimoniaux concrets, la sortie d’Ali Bongo confirme que le dossier des biens mal acquis reste un point de friction structurant entre le Gabon post-Bongo et la justice française. Selon Info 241, l’ancien président a explicitement volé au secours de son père éclaboussé par la procédure.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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