Irak : la fin de la mission de la coalition internationale actée

Breathtaking aerial view of Baghdad cityscape with Tigris River, showcasing urban architecture.Photo : Muhammad Nabeel / Pexels

La fin de la mission militaire de la coalition internationale anti-Daech en Irak marque une inflexion politique majeure pour Bagdad. Le gouvernement du Premier ministre Mohammed Chia al-Soudani a érigé cette échéance en symbole national, présentée comme un « jour de la souveraineté » retrouvée après plus d’une décennie de présence étrangère sur le territoire. Le retrait, négocié avec Washington et ses partenaires occidentaux, achève un dispositif né en 2014 pour endiguer l’expansion de l’organisation État islamique dans le nord et l’ouest du pays.

Un retrait annoncé mais soigneusement calibré

La coalition, formée sous égide américaine avec la participation de plusieurs capitales européennes, avait vocation à fournir appui aérien, renseignement, formation et conseil aux forces armées irakiennes. Sa dissolution opérationnelle sur le sol irakien découle d’un calendrier arrêté conjointement entre Bagdad et Washington au terme de plusieurs cycles de dialogue militaire bilatéral. Le processus prévoit une transition en deux temps, avec un premier désengagement des principales bases utilisées dans le centre et le sud du pays, puis une révision ultérieure de la présence résiduelle dans la région du Kurdistan irakien.

Pour l’exécutif irakien, la manœuvre remplit un double impératif. Elle répond aux pressions récurrentes des factions politiques et paramilitaires proches de Téhéran, qui réclamaient depuis plusieurs années le départ des troupes étrangères, notamment après l’élimination du général iranien Qassem Soleimani et du dirigeant du Hachd al-Chaabi Abou Mahdi al-Mouhandis à Bagdad en janvier 2020. Elle permet aussi à Mohammed Chia al-Soudani de consolider une posture nationaliste alors que la scène politique irakienne demeure fragmentée entre courants chiites, sunnites et kurdes.

Une souveraineté encadrée par de nouveaux accords

Reste que la lecture triomphaliste avancée par une partie de la classe politique masque plusieurs zones d’ombre. La fin formelle de la coalition ne signifie pas l’évacuation totale des militaires occidentaux. Un cadre bilatéral de coopération sécuritaire, en cours de finalisation avec les États-Unis, doit prendre le relais et prévoir la poursuite d’activités de conseil, d’entraînement et de partage de renseignement. Des contingents plus réduits pourraient ainsi demeurer, sous un statut juridique révisé, dans des emprises comme la base d’Aïn al-Assad, dans la province d’Anbar, ou à Erbil.

La question kurde constitue à cet égard l’un des points les plus sensibles. Les autorités de la Région autonome du Kurdistan plaident pour le maintien d’une présence internationale sur leur territoire, argumentant de la persistance de cellules dormantes de l’organisation État islamique dans les zones disputées et de la nécessité de préserver un canal direct avec Washington. Bagdad, à l’inverse, souhaite reprendre pleinement la main sur les accords militaires conclus avec les puissances étrangères, dans une logique de centralisation des prérogatives régaliennes.

Un contexte régional qui pèse sur la mise en œuvre

Le calendrier irakien s’inscrit dans un environnement régional en pleine recomposition. La guerre à Gaza, les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes et affiliées, ainsi que la reconfiguration du dispositif militaire américain au Levant après la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, modifient les paramètres stratégiques de Washington. Le Pentagone a intérêt à préserver une capacité de projection depuis l’Irak, ne serait-ce que pour sécuriser ses positions dans le nord-est syrien, où opèrent les Forces démocratiques syriennes.

Les factions armées irakiennes rassemblées au sein de la Résistance islamique en Irak, qui avaient multiplié les tirs de drones et de roquettes contre les emprises américaines en 2023 et 2024, observent la séquence avec méfiance. Plusieurs de leurs dirigeants estiment que le simple changement d’étiquette juridique ne saurait valoir départ effectif et menacent de reprendre les hostilités si des troupes étrangères continuent d’opérer sur le sol national. Cette pression interne limite la marge de manœuvre du Premier ministre, contraint d’afficher une fermeté déclaratoire tout en préservant la relation stratégique avec Washington.

Sur le plan économique, la présence occidentale demeure adossée à des intérêts substantiels dans le secteur pétrolier et gazier, ainsi que dans les contrats d’armement. Les majors américaines et européennes conservent des positions clés dans les champs du sud du pays, ce qui plaide pour une transition ordonnée plutôt qu’une rupture brutale. La séquence en cours ressemble ainsi davantage à une redéfinition du format qu’à un retrait au sens strict, laissant à la souveraineté proclamée un caractère largement conditionnel. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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