La RDC et la Zambie viennent de sceller un accord majeur portant sur la construction d’un interconnecteur électrique de 700 MW, pour un investissement estimé à 300 millions de dollars. Le projet, dont la signature est intervenue en octobre, vise à relier plus étroitement les réseaux des deux pays et à alimenter la Copperbelt, région minière transfrontalière dont la demande énergétique explose sous l’effet de la montée en puissance de l’exploitation du cuivre et du cobalt. Cette infrastructure est présentée par ses promoteurs comme une pièce maîtresse de la future dorsale électrique de l’Afrique australe et centrale.
Sécuriser l’approvisionnement de la Copperbelt
La Copperbelt concentre une part décisive de la production mondiale de cuivre et une fraction substantielle du cobalt extrait sur la planète. Or, les opérateurs miniers des deux côtés de la frontière subissent depuis plusieurs saisons les effets conjugués d’une hydraulicité en recul, d’un parc de production vieillissant et d’une demande industrielle en forte progression. Les délestages à répétition observés en Zambie, consécutifs à la baisse de production du barrage de Kariba, ont pesé sur l’activité des raffineries et des usines de traitement. Côté congolais, les besoins additionnels liés aux nouveaux projets de cobalt et de cuivre dans le Lualaba et le Haut-Katanga s’accumulent plus vite que les capacités installées.
L’interconnecteur de 700 MW doit permettre de mutualiser les ressources, d’absorber les pointes de consommation et d’offrir aux miniers une alimentation plus stable. Le dispositif prévoit un échange bidirectionnel, de sorte que chaque pays puisse à la fois exporter et importer selon l’état de son parc. Cette flexibilité est devenue un impératif industriel pour des opérateurs comme Glencore, Ivanhoe, First Quantum ou KoBold, qui conditionnent leurs décisions d’extension à la fiabilité du réseau.
Un montage financier à 300 millions de dollars
L’enveloppe de 300 millions de dollars annoncée associe des bailleurs de développement et des partenaires institutionnels régionaux. Le tour de table reflète la volonté affichée par Kinshasa et Lusaka d’ancrer le projet dans une logique de partenariat public-privé, afin de limiter la pression sur les finances publiques. L’arrivée d’investisseurs intéressés par la chaîne de valeur des batteries, du cuivre au cobalt, confère au dossier une résonance qui dépasse le strict cadre énergétique. Pour les prêteurs, le profil de risque est atténué par la présence d’acheteurs industriels solvables de part et d’autre de la frontière.
Le calendrier opérationnel reste tributaire des études techniques finales, de l’obtention des droits de passage et de la mobilisation effective des fonds. Les expériences passées dans la sous-région rappellent que les projets de lignes à haute tension transfrontaliers peuvent subir des glissements significatifs, notamment lorsque les cadres réglementaires divergent entre pays voisins. Reste que la convergence politique affichée entre Kinshasa et Lusaka sur les corridors miniers constitue, cette fois, un facteur d’accélération notable.
Un levier pour le Pool énergétique d’Afrique australe
Au-delà du bilatéral, l’ouvrage s’inscrit dans la trajectoire du Southern African Power Pool (SAPP), le marché régional de l’électricité qui ambitionne de fluidifier les échanges entre une douzaine de pays. En renforçant l’épine dorsale RDC-Zambie, l’interconnecteur ouvre la voie à des évacuations de surplus vers l’Afrique du Sud, le Zimbabwe ou le Botswana en période favorable, et à des importations de secours en cas de stress hydraulique. Cette intégration constitue l’un des rares leviers permettant d’améliorer rapidement le taux d’accès à l’électricité, encore inférieur à 25 % dans certaines provinces congolaises.
Pour les deux capitales, l’enjeu est également géoéconomique. En consolidant leur statut de fournisseurs incontournables de métaux critiques pour la transition énergétique mondiale, la RDC et la Zambie cherchent à capter davantage de valeur ajoutée localement, notamment par le raffinage et, à terme, la fabrication de précurseurs de batteries. Sans réseau électrique robuste, cette ambition industrielle demeure hors de portée. Selon Financial Afrik, l’accord signé constitue un jalon décisif de cette stratégie d’ensemble.
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