Vaaris Energy reprend la distribution de gaz de Shell au Nigeria

A caution sign for gas pipeline amidst a field of blooming lavender with cloudy skies.Photo : Joshua Brown / Pexels

La recomposition du paysage énergétique nigérian franchit une nouvelle étape. Shell, premier opérateur international historique du pays, projette de céder son activité de distribution de gaz à Vaaris Energy, un acquéreur présenté comme local. L’opération, rendue publique à la mi-octobre 2026, s’inscrit dans la stratégie assumée par la major anglo-néerlandaise de réduire son exposition aux activités terrestres au Nigeria, pour se concentrer sur ses blocs en eaux profondes et sur le gaz naturel liquéfié exporté depuis Bonny.

Un désengagement nigérian engagé depuis 2024

Cette cession ne constitue pas un épisode isolé. Elle prolonge une trajectoire de retrait entamée avec l’accord conclu en janvier 2024 pour la vente de la Shell Petroleum Development Company of Nigeria (SPDC), filiale historique opérant la coentreprise onshore du delta du Niger, à un consortium conduit par des indépendants nigérians comprenant notamment Aiteo, ND Western, First E&P et Waltersmith. Approuvée par les autorités nigérianes début 2025, cette transaction avait symboliquement clos près de neuf décennies de présence terrestre de la major, implantée au Nigeria depuis 1937.

Le retrait du segment distribution de gaz suit la même logique. Shell concentre désormais ses capitaux sur les projets jugés les moins exposés aux risques opérationnels récurrents du delta : sabotages d’oléoducs, vols d’hydrocarbures, contentieux environnementaux. La major conserve en revanche ses parts dans Nigeria LNG, détenues à 25,6 %, et dans les champs offshore profonds tels que Bonga, qui demeurent le cœur de sa création de valeur locale.

Vaaris Energy, nouveau nom dans un secteur en recomposition

Peu connu jusqu’ici du grand public, Vaaris Energy rejoint la liste des repreneurs nigérians qui captent progressivement les actifs cédés par les majors occidentales. ExxonMobil a ainsi vendu ses actifs onshore à Seplat Energy pour 1,28 milliard de dollars dans une opération finalisée en décembre 2024, tandis qu’Eni a transféré sa filiale Nigerian Agip Oil Company à Oando. Dans le gaz, TotalEnergies a cédé en 2024 ses 10 % dans la coentreprise onshore SPDC à Chappal Energies.

Ce mouvement de nationalisation de fait des opérations terrestres bouleverse l’équilibre industriel du secteur. Il transfère aux opérateurs nigérians la gestion d’infrastructures vieillissantes, la relation avec les communautés hôtes et la responsabilité environnementale accumulée depuis des décennies. Le périmètre exact de l’activité reprise par Vaaris Energy, le nombre de clients industriels desservis et les volumes concernés devront être précisés dans les documents soumis aux régulateurs.

Un transfert sous l’œil des régulateurs nigérians

L’opération ne pourra être finalisée sans le feu vert de plusieurs autorités. La Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) et la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA), toutes deux issues du Petroleum Industry Act promulgué en août 2021, encadrent respectivement l’amont et l’aval du secteur. Depuis la refonte réglementaire, elles examinent avec attention la solidité financière et technique des acquéreurs, afin d’éviter que des actifs stratégiques ne tombent dans les mains d’opérateurs sous-capitalisés.

L’enjeu dépasse la seule cession. Le gaz domestique est devenu un marqueur politique à Abuja : le président Bola Tinubu a lancé en 2024 l’initiative Decade of Gas, visant à faire du Nigeria un hub gazier régional et à substituer massivement le gaz au bois de chauffe et au diesel. Le pays dispose de réserves prouvées estimées à plus de 200 000 milliards de pieds cubes, parmi les dix premières mondiales, mais souffre d’un déficit chronique d’infrastructures de transport et de distribution intérieures.

Un pari sur la montée en gamme des opérateurs locaux

La reprise par Vaaris Energy teste, une fois encore, la capacité des champions nigérians à absorber des actifs techniquement complexes tout en préservant la continuité de service pour les clients industriels. Les précédents sont contrastés : certains repreneurs onshore ont relancé la production, d’autres peinent à mobiliser les financements internationaux nécessaires à la maintenance lourde. Le marché scrutera dans les prochains mois le calendrier d’approbation réglementaire, le montant retenu et le plan de reprise du personnel transféré.

Pour Shell, ce nouveau mouvement confirme un repositionnement global, déjà perceptible depuis l’arrivée de Wael Sawan à la direction générale en janvier 2023, autour des segments à plus forte rentabilité et à moindre intensité carbone opérationnelle. Pour le Nigeria, il scelle un peu plus la fin d’un cycle où les majors occidentales dictaient les termes de l’exploitation terrestre des hydrocarbures.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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