Sonatrach noue de nouveaux partenariats avec trois groupes américains

A large industrial refinery with pipes and towers under a clear blue sky during the day.Photo : Ali Mucci / Pexels

Le déplacement de Sonatrach à Houston, capitale mondiale de l’industrie pétrolière, s’est conclu par l’annonce de partenariats avec trois acteurs majeurs du secteur américain : ExxonMobil, le parapétrolier Halliburton et l’indépendant Devon Energy. Pour la compagnie nationale algérienne des hydrocarbures, l’opération vaut autant par son contenu technique que par le signal politique adressé à Washington et aux investisseurs internationaux. Elle intervient alors que l’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Union européenne, cherche à sécuriser ses débouchés et à moderniser son outil amont.

Un repositionnement américain après une décennie de distance

La présence des majors américaines dans l’amont algérien n’a rien d’inédit. ExxonMobil et Chevron avaient déjà engagé, à la fin des années 2010, des discussions avec Sonatrach sur le non-conventionnel, en particulier dans le bassin de l’Ahnet et autour du gaz de schiste du Sud-Ouest, sans qu’elles débouchent sur une entrée en production. Ces échanges s’étaient enlisés faute d’un cadre juridique attractif, avant que la loi algérienne sur les hydrocarbures de décembre 2019 ne vienne refondre le régime fiscal et contractuel pour tenter de rattraper le retard pris sur la Libye, l’Égypte ou le Mozambique.

Le rapprochement scellé à Houston s’inscrit dans ce cycle de reconquête. En renouant explicitement avec Exxon, Sonatrach cherche à mobiliser les capacités de l’une des rares majors capables de porter des projets intégrés de grande envergure, du puits à la liquéfaction. Avec Halliburton, l’enjeu relève davantage des services pétroliers de pointe, qu’il s’agisse de forage directionnel, de stimulation hydraulique ou de récupération assistée sur des champs matures comme Hassi Messaoud, en déclin naturel depuis plusieurs années. Devon Energy, acteur de référence du schiste américain, apporte pour sa part une expertise ciblée sur les réservoirs compacts, segment où l’Algérie dispose du troisième gisement technique mondial selon les évaluations de l’Agence internationale de l’énergie publiées en 2013.

Le gaz algérien face à la recomposition européenne

Le contexte de marché donne à ces accords un relief particulier. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 et la chute des livraisons de Gazprom à l’Europe, l’Algérie est devenue le second fournisseur de gaz naturel de l’Italie, devant la Russie, à la faveur du gazoduc transméditerranéen Transmed. Rome et Alger ont signé en 2023 une série d’accords visant à porter les volumes au-delà de 25 milliards de mètres cubes par an. Dans le même temps, les livraisons vers l’Espagne, via le gazoduc Medgaz, continuent d’alimenter un bras de fer diplomatique avec Madrid depuis le dossier du Sahara occidental.

Pour tenir ces engagements, la compagnie publique algérienne doit impérativement enrayer le déclin de ses champs historiques et accélérer les mises en production nouvelles. Les objectifs affichés par le groupe tablent sur une stabilisation de la production autour de 200 millions de tonnes équivalent pétrole par an. Faute de technologies et de capitaux étrangers, cette trajectoire reste hors de portée. L’arrivée de partenaires américains vient donc compléter les positions déjà prises par l’italien Eni, le français TotalEnergies, l’espagnol Cepsa et le norvégien Equinor dans le pays.

Une diplomatie énergétique au service d’un rééquilibrage

L’opération comporte aussi une dimension géopolitique assumée. En multipliant les signaux vers les entreprises américaines, Alger affiche un rééquilibrage dans un contexte où ses relations avec Paris oscillent au gré du dossier mémoriel et migratoire, et où Moscou, partenaire militaire historique, voit sa capacité d’investissement civil contrariée par les sanctions. Le choix de Houston, plutôt que de Washington, inscrit la démarche dans le registre économique, moins exposé aux arbitrages du Congrès américain sur les droits humains ou les livraisons d’armement.

Reste à transformer les intentions en volumes. L’expérience algérienne récente invite à la prudence : plusieurs protocoles signés depuis 2020, notamment avec des opérateurs du Golfe, n’ont pas débouché sur des investissements à la hauteur des annonces. La capacité de Sonatrach à sécuriser des contrats fermes, assortis de calendriers de forage et d’engagements de dépenses, constituera le véritable test de cette séquence texane. Pour les capitales européennes qui misent sur le gaz algérien comme assurance de diversification, l’issue de ces discussions pèsera directement sur la sécurité de leurs approvisionnements à l’horizon 2030.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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