Macky Sall renonce au Secrétariat général de l’ONU

A clear day view of New York City skyline from across the river, showcasing iconic skyscrapers.Photo : Mo Qian / Pexels

La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies ne tiendra pas jusqu’au scrutin. L’ancien chef de l’État sénégalais, qui ambitionnait de porter les couleurs d’un continent sous-représenté au sommet de l’organisation, aurait retiré sa candidature, selon des informations relayées depuis Alger. Ce choix, dicté par un environnement diplomatique verrouillé, referme un épisode révélateur des blocages qui pèsent sur la succession d’António Guterres, dont le second mandat s’achève le 31 décembre 2026.

Un retrait qui en dit long sur l’arithmétique du Conseil de sécurité

La désignation du prochain Secrétaire général obéit à une mécanique connue mais implacable. Le Conseil de sécurité recommande un nom à l’Assemblée générale, et chacun des cinq membres permanents – États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni – peut opposer son veto dès les scrutins préparatoires à bulletin coloré. Depuis la nomination de Boutros Boutros-Ghali en 1992, aucun candidat n’a franchi cette étape sans un alignement minimal entre Washington, Moscou et Pékin.

Or le climat actuel n’offre rien de tel. Les divisions entre Occidentaux et Russes autour du dossier ukrainien, la rivalité technologique entre Washington et Pékin, et la montée des contentieux liés au Sahel compliquent toute convergence sur une personnalité africaine suffisamment consensuelle. Un candidat identifié à un camp est immédiatement bloqué par l’autre. Macky Sall, perçu comme proche de Paris et de plusieurs capitales du Golfe, ne pouvait espérer un feu vert russe sans concessions majeures.

Le précédent africain et la règle non écrite de la rotation

Depuis 1945, deux Africains seulement ont occupé le trente-huitième étage du siège new-yorkais : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, de 1992 à 1996, puis le Ghanéen Kofi Annan, de 1997 à 2006. Dans la rotation régionale informelle qui structure la vie onusienne, l’Afrique estime légitimement pouvoir revendiquer le poste après deux décennies d’absence, d’autant que l’Amérique latine, l’Europe de l’Est et l’Asie-Pacifique font valoir des arguments comparables.

La candidature de l’ancien président sénégalais s’inscrivait dans cette logique. Elle bénéficiait a priori d’un capital de sympathie en Afrique de l’Ouest, où il a présidé la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, et au sein de l’Union africaine, dont il a assuré la présidence tournante en 2022. Reste que le soutien d’un continent, même unanime, ne suffit pas lorsqu’un membre permanent y oppose son veto. Le cas de la Bulgare Irina Bokova, écartée en 2016 malgré un lobbying intense, l’a rappelé.

Un facteur sénégalais qui pèse à New York

À cet obstacle structurel s’ajoute une variable intérieure. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en avril 2024, Dakar a lancé une série d’audits sur la gestion des finances publiques entre 2019 et 2024, pointant un endettement supérieur aux chiffres officiels communiqués aux bailleurs. Le Fonds monétaire international a suspendu son programme avec le Sénégal à l’été 2024, dans l’attente de la clarification de ces écarts. Plusieurs anciens ministres de l’ère Macky Sall font l’objet de procédures devant la Haute Cour de justice.

Dans ce contexte, le soutien de l’État sénégalais à la candidature de son ancien président était loin d’être acquis. Un candidat au Secrétariat général a besoin, au minimum, de l’endossement explicite de son propre gouvernement : les Nations unies ne reçoivent pas de candidatures individuelles, mais des lettres transmises par les représentations permanentes. Sans cette caution, le dossier perd sa base juridique.

Quel scénario pour 2026 ?

Le processus formel devrait s’ouvrir au printemps 2026, avec l’appel conjoint du président de l’Assemblée générale et du président du Conseil de sécurité invitant les États membres à présenter leurs candidats. Plusieurs noms circulent dans les chancelleries : d’anciens chefs d’État ou de gouvernement latino-américains, des diplomates asiatiques expérimentés, et deux ou trois personnalités africaines dont la candidature n’a pas encore été officialisée. La question de la parité, poussée depuis une décennie par un groupe informel d’États, continuera par ailleurs de peser.

Le désistement attribué à Macky Sall ne clôt donc pas le débat africain : il le reporte. L’enjeu, pour les capitales du continent, sera désormais de s’entendre sur une candidature unique capable de résister au double filtre des rivalités de blocs et des considérations internes à chaque État candidat.

Pour aller plus loin

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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