Macky Sall renonce à briguer le secrétariat général des Nations unies

Colorful flags outside the United Nations office in Geneva, symbolizing global unity.Photo : Xabi Oregi / Pexels

La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) s’est arrêtée le 17 octobre 2026. L’ancien président du Sénégal, en poste de 2012 à 2024, a annoncé ce samedi qu’il renonçait à concourir pour succéder au Portugais António Guterres, dont le second mandat s’achève le 31 décembre 2026. Ce désistement prive l’Afrique de l’un de ses prétendants les plus expérimentés dans une compétition dont les contours restent largement conditionnés par l’arbitrage des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Une candidature africaine qui s’efface à quelques semaines du choix onusien

Depuis la fin de son mandat à Dakar, Macky Sall s’était progressivement positionné sur la scène internationale, cultivant un profil de médiateur et de porte-voix du continent sur les dossiers climatiques et financiers. Son nom circulait avec insistance dans les capitales africaines comme possible candidat de consensus, dans la lignée de la revendication portée depuis des années par l’Union africaine (UA) d’un secrétariat général confié à une personnalité du continent.

Depuis la création de l’ONU en 1945, un seul Africain a occupé ce poste : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, entre 1992 et 1996, suivi du Ghanéen Kofi Annan de 1997 à 2006, souvent rattaché au groupe africain bien que son élection ait relevé d’un compromis particulier. Depuis le départ d’Annan, le continent n’a plus accédé à la fonction, laissée successivement au Sud-Coréen Ban Ki-moon puis au Portugais António Guterres. La règle non écrite de la rotation géographique plaide pourtant pour un retour prochain d’un ou d’une Africaine à la tête du Secrétariat.

Dans ce contexte, le retrait du dirigeant sénégalais fragilise la ligne portée par plusieurs chancelleries de l’Afrique de l’Ouest, qui comptaient sur un candidat francophone issu d’un pays réputé stable, membre fondateur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et acteur de poids dans les enceintes multilatérales. Sans un relais rapide, le groupe africain risque de se présenter divisé face aux prétendants d’autres régions.

Un processus de désignation verrouillé par le Conseil de sécurité

La désignation du secrétaire général obéit à l’article 97 de la Charte des Nations unies : l’Assemblée générale nomme le titulaire sur recommandation du Conseil de sécurité. Dans les faits, les cinq membres permanents, les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, disposent d’un droit de veto qui transforme chaque vote préparatoire en négociation diplomatique serrée. La procédure instaurée en 2016, qui prévoit des auditions publiques des candidats devant l’Assemblée générale, a renforcé la transparence sans modifier ce rapport de force.

Pour les capitales africaines, cette architecture pose un défi récurrent. Promouvoir un candidat requiert d’obtenir simultanément l’adoubement de l’UA, qui s’est dotée d’un mécanisme de candidature unique sur plusieurs postes internationaux, et l’absence de veto d’aucune des grandes puissances. La demande ancienne d’une réforme du Conseil de sécurité, incarnée notamment par la position commune africaine dite de Syrte, continue de buter sur la réticence des membres permanents à partager leur statut.

Un signal pour la diplomatie sénégalaise et pour le continent

Le retrait intervient alors que les relations entre l’ancien chef de l’État et les nouvelles autorités de Dakar, issues de l’alternance de mars 2024, demeurent complexes. Une candidature au Secrétariat général suppose en effet l’appui actif du gouvernement du pays d’origine, qui mobilise son réseau diplomatique, finance les déplacements et porte le dossier dans les enceintes régionales. L’absence d’un tel soutien institutionnel constitue, pour tout candidat, un handicap difficilement surmontable face à des prétendants adossés à des États pleinement engagés.

Pour les partenaires africains, le dossier n’est pas clos. Plusieurs noms circulent depuis des mois, de l’ancienne présidente du Libéria à des diplomates d’Afrique de l’Est. La parité, également mise en avant par un collectif d’États réclamant depuis 2020 la nomination d’une femme au poste, pourrait peser dans l’arbitrage final. Reste que le temps presse : l’identification d’un successeur à António Guterres doit être bouclée avant la fin de l’année 2026, laissant une fenêtre étroite pour construire un consensus régional et désamorcer les éventuels vetos.

À Dakar comme dans les chancelleries ouest-africaines, l’enjeu dépasse la trajectoire personnelle de Macky Sall. Il engage la crédibilité d’une diplomatie africaine capable, ou non, de peser sur l’une des rares nominations véritablement planétaires du système multilatéral.

Pour aller plus loin

La RDC gèle ses canaux officiels avec l’ambassade de Belgique · Ceuta : la justice espagnole enquête sur l’épisode migratoire de 2021 · Le Rwanda hôte d’un Grand Prix de Formule 1 pendant dix ans

Actualité africaine

About the Author

Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

Be the first to comment on "Macky Sall renonce à briguer le secrétariat général des Nations unies"

Laisser un commentaire