Le gouvernement nigérian maintient le cap. Aux assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI), le ministre des Finances a réaffirmé qu’aucun retour en arrière n’était envisagé sur la suppression des aides publiques au carburant. La déclaration, faite devant un parterre d’investisseurs et de bailleurs, scelle une orientation budgétaire décisive pour la première puissance économique d’Afrique de l’Ouest, et confirme la trajectoire ouverte par le président Bola Ahmed Tinubu dès son investiture.
Un signal budgétaire adressé aux marchés internationaux
Le choix du cadre n’est pas anodin. En portant ce message depuis les travaux du FMI, Abuja s’adresse d’abord aux détenteurs de dette souveraine nigériane, aux agences de notation et aux institutions multilatérales qui ont, depuis deux ans, salué la réforme des carburants comme un tournant d’orthodoxie. La fin des aides, décidée en mai 2023 dès le discours d’investiture présidentiel, visait à libérer un volume considérable de ressources publiques, estimé par plusieurs institutions à l’équivalent de plusieurs milliards de dollars annuels, soit un ordre de grandeur comparable au budget de la santé fédérale.
Le ministère des Finances cherche à verrouiller cette crédibilité acquise. Tout retour à un mécanisme de prix administré rouvrirait un gouffre budgétaire que l’État fédéral peine déjà à combler, et compliquerait les négociations en cours sur l’accès du Nigeria aux financements concessionnels. La position exprimée à Washington vaut donc engagement implicite : Abuja refuse de hypothéquer la soutenabilité de sa dette au nom d’un répit social, aussi réclamé soit-il.
Deux ans de réforme, un prix à la pompe multiplié
Sur le terrain, les conséquences de la suppression des aides publiques ont été massives. Le prix de l’essence à la pompe, longtemps maintenu artificiellement sous les 200 nairas le litre, a été multiplié par plus de trois depuis mai 2023, dépassant durablement les 600 nairas puis les 900 nairas dans plusieurs États, au gré des ajustements opérés par la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC). La libéralisation s’est doublée d’un flottement du naira, dont la valeur a reculé de plus de moitié face au dollar sur la même période.
Ce double choc a nourri une inflation qui a franchi les seuils symboliques, avec un indice général des prix tutoyant les 30 % en rythme annuel au cours des derniers mois, et une inflation alimentaire plus élevée encore. Les grandes centrales syndicales, au premier rang desquelles le Nigeria Labour Congress et le Trade Union Congress, ont multiplié les mots d’ordre de grève et exigé à plusieurs reprises un retour partiel des aides ou une revalorisation significative du salaire minimum fédéral. Le gouvernement a répondu par des mesures compensatoires ciblées, transferts monétaires aux ménages vulnérables et bus de transport public subventionnés, dont l’efficacité reste contestée.
Un pari politique à haut risque pour Abuja
La fermeté affichée à Washington tranche avec les signaux plus accommodants envoyés ces derniers mois par certains cercles de la présidence, confrontés à l’usure populaire. Elle rappelle néanmoins que la réforme des carburants demeure la clé de voûte du programme économique de Bola Tinubu, aux côtés de l’unification du marché des changes. Reculer sur l’un reviendrait à fragiliser l’autre.
La comparaison régionale éclaire l’enjeu. L’Angola, autre grand producteur africain, s’est engagé en 2023 dans un démantèlement similaire mais graduel de ses aides au carburant, sous l’œil attentif du FMI, et a connu lui aussi des épisodes de contestation. Au Cameroun, les ajustements de prix décidés en 2024 ont provoqué des remous sans remettre en cause la trajectoire. À chaque fois, le même dilemme : la soutenabilité budgétaire contre la paix sociale.
Pour Abuja, le défi des prochains trimestres consistera à démontrer que les économies dégagées se traduisent concrètement en investissements d’infrastructures, en filets sociaux élargis et en reconstitution des réserves de change. Faute de quoi, la discipline affichée devant le FMI risque de se heurter à une colère sociale que les transferts ciblés ne suffiront pas à contenir.
Pour aller plus loin
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