Gabon : 3,2 % du PIB engloutis par les niches fiscales en 2024

Modern cityscape of Lagos, Nigeria, with residential and commercial buildings near the ocean.Photo : onaopemipo Rufus / Pexels

Les avantages fiscaux au Gabon ont représenté 403 milliards de FCFA de recettes non perçues en 2024, selon la Revue des finances publiques du Gabon 2026 publiée par la Banque mondiale. Rapporté à la richesse nationale, le montant équivaut à 3,2 % du PIB, un ordre de grandeur qui place le pays parmi les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) les plus généreuses à l’égard de leurs grands contribuables. La trajectoire inquiète l’institution de Bretton Woods : depuis 2022, l’enveloppe des dépenses fiscales ne cesse de progresser.

Un coût budgétaire qui pèse sur la transition Oligui

Pour les autorités issues de la transition conduite par Brice Clotaire Oligui Nguema, le chiffre tombe à un moment délicat. Le Gabon négocie son retour à la normalité constitutionnelle tout en cherchant à desserrer la contrainte de liquidité qui pèse sur son budget, dans un contexte de service de la dette alourdi et de recettes pétrolières volatiles. Chaque point de PIB de recettes non collectées représente, à titre de comparaison, l’équivalent d’une part significative des dépenses sociales inscrites en loi de finances.

Le constat de la Banque mondiale est méthodique. L’institution pointe l’absence d’un dispositif systématique d’évaluation ex post des exonérations accordées, ainsi que la difficulté, pour l’administration, à vérifier que les bénéficiaires respectent effectivement les engagements souscrits en contrepartie : volume d’investissement, création d’emplois locaux, transferts technologiques. Autrement dit, l’État gabonais renonce chaque année à des sommes considérables sans disposer d’un retour mesuré sur ce qu’il obtient en échange.

Pétrole, mines et bière : la concentration sectorielle

La répartition de ces 403 milliards de FCFA raconte une économie de rente. Les industries extractives, c’est-à-dire le pétrole et le secteur minier, concentrent à elles seules 31 % des pertes de recettes. Ces régimes dérogatoires découlent pour l’essentiel des conventions d’établissement signées avec les majors, ainsi que des codes sectoriels qui prévoient des stabilités fiscales longues, des exonérations de droits de douane sur les équipements importés et des régimes particuliers de TVA. Le Gabon reste le deuxième producteur de manganèse au monde et un producteur pétrolier historique de la zone CEMAC, deux positions qui justifient, aux yeux des opérateurs, le maintien d’un cadre incitatif.

Les brasseries locales mobilisent de leur côté 8 % de l’enveloppe, et les banques 6 %. Ces chiffres interrogent, car ni l’une ni l’autre de ces activités ne relève a priori d’un secteur stratégique nécessitant un soutien fiscal pérenne. Dans le cas bancaire, la proportion renvoie souvent à des régimes dérogatoires sur certaines opérations de financement ou sur des produits ciblés, dont l’efficacité économique mériterait une revue au cas par cas.

Le programme Vie chère, variable sociale à réévaluer

Le dispositif Vie chère, qui exonère de taxes une liste de biens essentiels pour contenir le prix du panier des ménages, mobilise 5,8 % du total, soit un peu plus de 23 milliards de FCFA. L’outil est politiquement sensible : il a été renforcé après les tensions sur les prix alimentaires mondiales postérieures à 2022. Reste que son incidence réelle sur les prix de détail et sur le pouvoir d’achat des ménages gabonais n’a, à ce jour, pas fait l’objet d’une évaluation publique approfondie, ce qui expose la mesure à des critiques récurrentes sur les marges captées par les circuits de distribution plutôt que par les consommateurs.

Les pistes de rationalisation inspirées du FMI

La Banque mondiale recommande trois axes : un ciblage plus fin des bénéficiaires, un encadrement temporel strict assorti de clauses d’extinction, et un suivi renforcé reposant sur des indicateurs mesurables. Ces préconisations rejoignent le cadre méthodologique développé par le Fonds monétaire international dans son document L’art de la fiscalité, daté de mars 2026, qui invite les États à traiter les dépenses fiscales avec la même rigueur analytique que les crédits budgétaires. Concrètement, cela supposerait, à Libreville, qu’une direction dédiée au sein de la Direction générale des impôts (DGI) publie un rapport annuel chiffré, soumis au Parlement de la transition, détaillant pour chaque dispositif son coût, ses bénéficiaires et ses résultats observés.

Pour un pays qui ambitionne de diversifier son économie au-delà du pétrole et d’élargir sa base fiscale, la question n’est plus de défendre ou de condamner par principe les régimes dérogatoires, mais d’en démontrer, dossier par dossier, l’utilité économique et sociale. L’enjeu est aussi diplomatique : les discussions en cours avec les partenaires multilatéraux, notamment en vue d’un éventuel programme avec le FMI, intégreront nécessairement cette rationalisation des dépenses fiscales parmi les engagements attendus de Libreville.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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