C’est à Bangkok, le 16 octobre 2026, que la Côte d’Ivoire et le Fonds de l’OPEP pour le développement international (OFID) ont officialisé un engagement financier de 500 millions de dollars étalé sur la période 2026-2029. Le document a été paraphé par Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Plan et du Développement, et par Abdulhamid Alkhalifa, président de l’institution basée à Vienne. S’y ajoute une enveloppe de dons pouvant atteindre 3 millions de dollars, réservée aux études de faisabilité des projets jugés prioritaires au titre du Plan national de développement (PND) 2026-2030.
Un bailleur du Golfe pour sécuriser le PND ivoirien
La signature s’est tenue à l’occasion des Assemblées annuelles conjointes du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale, grand rendez-vous où se négocient discrètement les lignes de crédit souveraines. En choisissant ce moment pour verrouiller un partenariat avec un bailleur multilatéral adossé aux pays producteurs de pétrole, Abidjan envoie un message assumé : la bataille du financement du PND 2026-2030 ne se jouera pas uniquement auprès des créanciers traditionnels. Le Fonds OPEP, créé en 1976 par les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, s’est imposé depuis deux décennies comme un financeur régulier des États africains importateurs d’hydrocarbures, aux côtés de la Banque islamique de développement et du Fonds saoudien pour le développement.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est double. Le PND 2026-2030, qui doit succéder au cycle 2021-2025, vise l’accession du pays au statut d’économie à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici la fin de la décennie. Un saut qualitatif qui suppose un besoin d’investissement public massif, dans un contexte où le service de la dette extérieure a sensiblement progressé depuis l’épisode inflationniste de 2022-2023. Diversifier les guichets devient alors moins un choix idéologique qu’une discipline de trésorerie.
Transport, énergie, eau : les secteurs ciblés
L’accord-cadre identifie six domaines d’intervention prioritaires : le transport, l’énergie, l’eau potable, l’enseignement, l’agriculture et la transition écologique. Cette liste épouse les grands chantiers déjà engagés par l’exécutif ivoirien, qu’il s’agisse de la modernisation du corridor Abidjan-Lagos, de l’extension du mix électrique vers le solaire, ou encore des programmes d’hydraulique villageoise déployés dans le nord du pays. La programmation pluriannuelle, inédite entre les deux parties, doit permettre d’enchaîner les décaissements sans négocier chaque opération une par une, un format qui rapproche l’OFID des pratiques de la Banque africaine de développement (BAD).
Reste la question de la complémentarité avec le portefeuille existant. L’OFID opère actuellement en Côte d’Ivoire à travers deux projets agricoles, pour un encours de 79 millions de dollars. Le nouveau cadre devrait donc élargir sensiblement le spectre d’intervention, en basculant une institution historiquement spécialisée dans les filières rurales vers des infrastructures lourdes. Depuis le premier concours accordé en 1977, le Fonds OPEP a mobilisé au total 520,26 millions de dollars en faveur d’Abidjan : les 500 millions annoncés à Bangkok représentent, à eux seuls, presque autant que l’ensemble des financements consentis durant les cinq décennies précédentes.
Une diplomatie financière en recomposition
Le mouvement ivoirien s’inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique de l’Ouest francophone. Le Sénégal, le Bénin et le Togo ont, ces dernières années, multiplié les émissions obligataires sur les marchés du Golfe et sollicité les véhicules de la Banque islamique de développement. Cette orientation répond à la rareté croissante de la ressource concessionnelle européenne et à la volonté affichée des capitales ouest-africaines de ne pas dépendre d’un seul bloc de créanciers. La Côte d’Ivoire, dont le ratio dette publique sur PIB a franchi les 55 % en 2024 selon les projections du FMI, n’échappe pas à cette logique de recomposition.
À court terme, l’accord devra être traduit en conventions de prêt spécifiques, projet par projet, avec des conditions financières qui restent à préciser. L’intérêt du dispositif tient précisément à sa souplesse : en cadrant une enveloppe globale, Abidjan et le Fonds OPEP se donnent trois années pour instruire des opérations compatibles avec les priorités du PND, sans attendre un nouveau cycle de négociation. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres partenaires bilatéraux du Golfe aujourd’hui actifs sur le continent.
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