Macron en tournée au Nigeria et au Sénégal fin octobre 2026

Fishermen bring in their catch near the shore of a vibrant Senegalese coast.Photo : Amaury Michaux / Pexels

C’est une séquence diplomatique scrutée que prépare l’Élysée. Emmanuel Macron se rendra fin octobre 2026 à Abuja, capitale fédérale du Nigeria, puis à Dakar, pour un déplacement officiel annoncé à moins de deux semaines de son exécution. L’ordre des étapes n’est pas anodin : il place d’abord la première puissance économique et démographique d’Afrique de l’Ouest, avant une capitale sénégalaise devenue, en moins de deux ans, l’un des dossiers les plus sensibles de la diplomatie française sur le continent.

Dakar, un partenariat à refonder après le départ des bases

L’étape sénégalaise se déroule dans un contexte inédit depuis les indépendances. Les Éléments français au Sénégal (EFS), stationnés dans la région de Dakar, ont achevé leur retrait à l’été 2025, mettant un terme à plus de six décennies de présence militaire tricolore ininterrompue sur le sol sénégalais. Cette fermeture, négociée avec les autorités élues en mars 2024, s’inscrit dans une vague plus large : la France avait déjà quitté le Mali en 2022, le Burkina Faso en 2023, le Niger la même année, puis le Tchad et la Côte d’Ivoire en 2024-2025.

Le voyage présidentiel intervient donc à un moment où la relation bilatérale doit se réinventer sans son armature militaire historique. Les dossiers économiques pèsent lourd. La France demeure un investisseur de premier rang au Sénégal, notamment via Orange, Eiffage, TotalEnergies ou Auchan, et Paris observe de près le nouveau code pétrolier ainsi que les renégociations contractuelles engagées autour des champs gaziers de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim. La question mémorielle, ravivée par la reconnaissance en 2024 du caractère de « massacre » des événements de Thiaroye en décembre 1944, reste par ailleurs un marqueur fort de l’agenda entre les deux chefs d’État.

Abuja, un partenaire sous-exploité dans la stratégie française

Le choix du Nigeria comme première escale traduit une volonté assumée de rééquilibrer la carte africaine de Paris. Avec plus de 220 millions d’habitants et un produit intérieur brut qui dépasse celui de l’ensemble des pays francophones d’Afrique de l’Ouest réunis, la fédération nigériane constitue un partenaire stratégique longtemps resté périphérique dans la diplomatie française, pour des raisons historiques et linguistiques. La dernière visite d’État d’un président français à Abuja remonte à une séquence rare : les déplacements se sont faits plus fréquents depuis 2018, mais sans jamais atteindre l’intensité des échanges avec les capitales francophones.

Les dossiers inscrits à l’ordre du jour recouvrent plusieurs priorités convergentes. Sur le plan sécuritaire, Abuja est en première ligne face à la poussée des groupes jihadistes dans le nord-ouest et à la pression de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest dans le bassin du lac Tchad. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont le Nigeria assure historiquement le leadership, traverse par ailleurs une crise existentielle depuis la sortie officielle du Mali, du Burkina Faso et du Niger, actée en janvier 2025, et la constitution de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Énergie et migrations en toile de fond

Sur le volet énergétique, le Nigeria est le premier producteur de pétrole brut d’Afrique subsaharienne et abrite d’importantes réserves de gaz naturel, un atout que l’Europe scrute depuis la rupture de ses approvisionnements russes. Le dossier migratoire, qui pèse sur le débat politique intérieur français, figurera également au menu, le Nigeria étant l’un des principaux pays d’origine des flux irréguliers vers l’Europe par la route centrale méditerranéenne.

Une doctrine africaine en quête de lisibilité

La tournée illustre les contours encore flous de la nouvelle grammaire africaine de Paris, formalisée partiellement dans le discours présidentiel sur les partenariats renouvelés prononcé en 2023. L’exécutif français assume désormais une posture plus discrète, centrée sur les grands pays côtiers, l’économie et les diasporas, et moins sur la projection militaire. Reste que ce repositionnement se heurte à une concurrence inédite sur le continent, où la Chine, la Turquie, les Émirats arabes unis et la Russie ont considérablement élargi leur empreinte en moins d’une décennie.

À Dakar comme à Abuja, les deux chefs d’État africains attendront des engagements tangibles. Le succès de la séquence se mesurera moins aux images qu’aux livrables : feuille de route économique bilatérale, accords sur la formation militaire, mécanismes de financement conjoint, calendrier de restitution d’archives ou d’œuvres. Autant de dossiers techniques qui diront si la relation entre la France et ses interlocuteurs ouest-africains entre vraiment dans une nouvelle phase.

Pour aller plus loin

L’ANP commémore le 17 octobre 1961 sur fond de crise avec Paris · Macky Sall renonce au Secrétariat général de l’ONU · La CEDEAO et l’AES relancent le dialogue sur un cadre commun

Actualité africaine

About the Author

Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

Be the first to comment on "Macron en tournée au Nigeria et au Sénégal fin octobre 2026"

Laisser un commentaire