Le gouvernement gabonais a transmis à l’Assemblée nationale un projet de loi de finances (PLF) pour l’exercice 2027 d’un montant global de 6 223,1 milliards de francs CFA, soit environ 9,5 milliards d’euros. L’enveloppe traduit la volonté de l’exécutif conduit par le président Brice Clotaire Oligui Nguéma de maintenir un niveau soutenu de dépenses publiques, dans un pays encore convalescent après la transition politique ouverte par le coup d’État du 30 août 2023. Mais la discussion parlementaire s’annonce frontale, tant la question du poids de la dette publique s’est imposée comme le point de crispation central du texte.
Un ratio dette-PIB à 94 %, bien au-dessus du plafond CEMAC
Le PLF 2027 gabonais acte un ratio d’endettement public rapporté au PIB de 94 %. Ce niveau est très supérieur au seuil de 70 % retenu par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) comme critère de surveillance multilatérale de la soutenabilité des finances publiques. Les six États membres de la zone, qui partagent le franc CFA d’Afrique centrale adossé à l’euro par un accord de coopération monétaire avec la France et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), sont tenus de converger vers cette cible.
Le franchissement de ce plafond n’est pas inédit dans la sous-région. Le Congo-Brazzaville avait, lui aussi, dépassé largement ce seuil au milieu des années 2010 avant d’engager un programme avec le Fonds monétaire international. Pour le Gabon, troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne derrière le Nigeria et l’Angola, la trajectoire s’est dégradée au rythme du reflux des cours du brut et de la contraction progressive de la production, passée sous la barre des 200 000 barils par jour. Le pays reste très exposé aux hydrocarbures, qui pèsent historiquement entre 38 et 45 % des recettes budgétaires et près de 70 % des exportations.
Un budget expansionniste porté par la transition
Le volume du budget 2027 confirme l’orientation expansionniste assumée depuis l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Les autorités ont multiplié les engagements d’investissement sur les infrastructures routières, l’énergie, l’eau et le logement, dans la continuité du plan national de développement de la transition dévoilé en 2024. Cette inflexion s’inscrit également dans la préparation d’un cycle institutionnel nouveau après l’élection présidentielle d’avril 2025, qui a confirmé Brice Oligui Nguéma à la tête de l’État avec un mandat de sept ans.
Reste que la soutenabilité de cette dépense interroge. Le service de la dette, c’est-à-dire la part du budget consacrée au remboursement du capital et des intérêts, mobilise une fraction croissante des ressources de l’État et comprime les marges budgétaires disponibles pour les dépenses sociales. Le Gabon fait face à des échéances significatives sur son eurobond émis sur les marchés internationaux, et le pays conserve une exposition élevée aux créanciers bilatéraux, Chine en tête, ainsi qu’aux institutions multilatérales.
Un débat parlementaire qui dépasse le seul exercice 2027
À la chambre basse, plusieurs députés ont fait valoir leurs réserves sur le niveau d’endettement affiché par le PLF 2027. Les inquiétudes portent moins sur le principe du recours à la dette que sur la trajectoire à moyen terme : capacité du Trésor à refinancer les tombées sans arbitrages douloureux, qualité des dépenses d’investissement financées par l’emprunt, et crédibilité des hypothèses macroéconomiques retenues. Dans un contexte où la Banque mondiale et le FMI appellent régulièrement les économies pétrolières d’Afrique centrale à diversifier leur base fiscale, l’examen du texte devient un marqueur politique.
Concrètement, le vote du PLF 2027 constituera l’un des premiers véritables tests du dialogue entre l’exécutif issu de la transition et une représentation parlementaire renouvelée. L’issue dira la marge réelle dont disposent les députés pour amender un cadrage budgétaire déjà arrêté, mais aussi la lecture que les partenaires financiers du Gabon, bailleurs comme agences de notation, feront de la discipline budgétaire de Libreville. Au-delà des 6 223,1 milliards de francs CFA inscrits en dépenses, c’est bien la crédibilité de la signature souveraine gabonaise qui se joue dans cet exercice.
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