Sahara occidental : l’Algérie face au recadrage onusien de la Minurso

Row of European flags fluttering against a clear blue sky, symbolizing unity.Photo : Tim Diercks / Pexels

Le dossier du Sahara occidental revient au premier plan de l’agenda du Conseil de sécurité des Nations unies, et la presse algérienne y voit un moment charnière pour la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso). Pour Alger, soutien historique du Front Polisario, l’évolution récente des positions des membres permanents du Conseil nourrit la crainte d’une marginalisation progressive de l’option référendaire au profit d’un règlement politique calqué sur l’initiative marocaine d’autonomie, présentée par Rabat en 2007.

Un mandat né en 1991, un référendum toujours en suspens

La Minurso a été instituée par la résolution 690 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 avril 1991, à l’issue du cessez-le-feu entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario. Sa mission première consistait à organiser une consultation d’autodétermination des populations du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole inscrite depuis 1963 sur la liste onusienne des territoires non autonomes. Trois décennies plus tard, ce scrutin n’a jamais été organisé, le contentieux portant notamment sur l’identification des corps électoraux.

La mission compte aujourd’hui plusieurs centaines de personnels civils et militaires, pour un budget annuel de l’ordre de plusieurs dizaines de millions de dollars reconduit chaque année par l’Assemblée générale. Son mandat est renouvelé tous les douze mois, généralement en octobre, à l’occasion d’une résolution dont le libellé est devenu, au fil des ans, un baromètre scruté à Alger comme à Rabat. Chaque virgule du texte onusien est pesée, chaque adjectif commenté.

La diplomatie algérienne face à un rapport de force défavorable

Depuis la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, actée par proclamation présidentielle en décembre 2020 et jamais remise en cause depuis, le cadre diplomatique s’est déplacé. L’Espagne, ancienne puissance administrante, a emboîté le pas en mars 2022 en qualifiant le plan marocain d’autonomie de base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour un règlement. La France a franchi un palier supplémentaire en juillet 2024, lorsque Paris a explicitement reconnu que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », selon la lettre adressée par le président français au roi Mohammed VI.

Pour Alger, ce réalignement de trois membres influents du Conseil de sécurité — dont deux permanents — modifie la grammaire du dossier. La diplomatie algérienne continue de défendre la doctrine onusienne classique, fondée sur l’autodétermination, et refuse d’être considérée comme partie prenante directe du conflit, préférant le statut d’observateur concerné. Le rappel de son ambassadeur à Paris à l’été 2024 a illustré la profondeur du désaccord avec l’exécutif français sur ce dossier précis.

Staffan de Mistura et la recherche d’un compromis politique

Nommé en octobre 2021 Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura tente depuis d’articuler un processus politique associant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, selon le format des tables rondes initié en 2018 à Genève. Ses déplacements à Rabat, Alger, Nouakchott et dans les camps de Tindouf ont jusqu’ici buté sur la préalable incompatibilité des positions : négociation sur une large autonomie côté marocain, exigence d’un référendum incluant l’indépendance côté sahraoui.

Les positions des cinq membres permanents demeurent contrastées. Washington maintient sa reconnaissance et pousse pour un règlement sur la base du plan marocain. Paris s’y est aligné en 2024. Londres n’a pas opéré de bascule publique mais a nuancé sa position en 2025. Moscou et Pékin, pour leur part, continuent de défendre une lecture plus orthodoxe du mandat onusien, dans la ligne d’Alger, sans pour autant utiliser leur droit de veto sur les reconductions annuelles de la Minurso.

À l’approche du prochain vote sur le mandat, la question qui occupe les chancelleries maghrébines n’est plus seulement celle de la poursuite de la mission, mais celle de son contenu. Un recentrage explicite du texte onusien sur l’autonomie, sans mention équivalente de l’autodétermination, constituerait pour Alger un revers diplomatique majeur et pour Rabat une consécration longuement attendue. Entre les deux capitales maghrébines, dont les frontières sont fermées depuis 1994 et les relations diplomatiques rompues depuis août 2021, la bataille onusienne tient désormais lieu de principal théâtre de confrontation.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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