La coopération sino-gabonaise entre dans une phase nouvelle. L’audience du 21 octobre 2026 entre Laurence Ndong, ministre gabonaise de la Fonction publique et du Renforcement des capacités, et Zhou Ping, ambassadeur de Chine au Gabon, a ouvert un chantier qui excède le registre habituel des échanges bilatéraux. Trois axes ont été retenus pour structurer le futur partenariat : la numérisation des procédures publiques, l’instauration d’une culture de la performance au sein des services de l’État, et le renforcement du capital humain par la formation des cadres. Selon le compte rendu du ministère gabonais, « les deux personnalités ont posé les jalons d’un partenariat ciblé sur la modernisation de l’administration publique gabonaise ».
Un virage éditorial dans la relation Gabon-Chine
Depuis près de deux décennies, la présence chinoise au Gabon s’est matérialisée par des routes, des barrages et des équipements publics financés ou construits par des entreprises d’État de la République populaire. Le volet gouvernance restait, jusqu’ici, l’apanage des partenaires occidentaux : Banque mondiale pour l’appui institutionnel, Union européenne pour la gestion des finances publiques, France pour la formation des hauts fonctionnaires via les écoles d’administration et les coopérations techniques. Le fait que Libreville sollicite désormais Pékin sur ce terrain traduit un rééquilibrage silencieux des référentiels d’action publique.
Cette inflexion s’inscrit dans un contexte post-transition particulier. Depuis le changement de régime d’août 2023, les autorités gabonaises affichent une volonté de diversifier à la fois leur économie, encore très dépendante des hydrocarbures, et leurs partenariats stratégiques. Le pétrole représentait encore, à la veille de la transition, environ 38 % des recettes budgétaires et près de 70 % des exportations du pays, selon les ordres de grandeur régulièrement publiés par les institutions financières internationales. Réformer l’État apparaît comme un préalable à l’attractivité promise aux investisseurs non pétroliers.
Le FOCAC comme matrice de la nouvelle offre chinoise
Le rattachement explicite de ce dialogue au Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) n’est pas anodin. Créé en octobre 2000, ce cadre multilatéral a d’abord servi à canaliser les financements de projets lourds. L’édition tenue à Pékin du 4 au 6 septembre 2024 a toutefois marqué un déplacement de curseur : sur les 360 milliards de yuans annoncés par la Chine, soit l’équivalent d’environ 50 milliards de dollars américains sur trois ans, une part croissante est fléchée vers la formation, l’économie numérique et la coopération technique. L’offre faite à Libreville — accompagnement technique assorti de programmes d’échange pour hauts fonctionnaires — en est une déclinaison nationale.
Les deux parties ont convergé sur un postulat partagé : « une administration performante constitue un préalable indispensable pour attirer les investisseurs internationaux ». Cette formulation, reprise dans le compte rendu officiel gabonais, résume la logique transactionnelle à l’œuvre. Pour Pékin, exporter des méthodes de gestion publique prolonge son influence au-delà des chantiers livrés. Pour Libreville, importer un savoir-faire éprouvé dans la numérisation des guichets administratifs — la Chine a généralisé depuis la fin des années 2010 les plateformes de services publics mobiles — peut accélérer des réformes jugées trop lentes sous les coopérations classiques.
Des zones grises persistantes
Reste que la rencontre du 21 octobre n’a produit, à ce stade, aucune annonce chiffrée. Ni enveloppe financière spécifique, ni calendrier opérationnel, ni nom de programme n’ont été communiqués. Le périmètre des échanges de hauts fonctionnaires demeure flou, de même que la langue de travail retenue pour les sessions de formation en Chine, question sensible dans un pays francophone où l’apprentissage du mandarin reste marginal. Le ministère gabonais indique simplement que « la suite des discussions définira les modalités concrètes des formations ».
Ce flou laisse ouverte la question de l’articulation avec les coopérations préexistantes. L’École nationale d’administration gabonaise, les appuis techniques déployés par l’Agence française de développement et les projets de l’Union européenne en matière de gouvernance économique continuent d’irriguer la haute fonction publique du pays. Dans le même temps, la Banque africaine de développement finance plusieurs volets de modernisation du secteur public. L’arrivée d’un acteur chinois sur ce segment pose, à terme, la question d’une mise en cohérence des référentiels — ou, à l’inverse, d’une concurrence feutrée entre modèles de gouvernance au sein même de l’appareil d’État gabonais.
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