La contestation anti-Netanyahu a de nouveau pris corps dans les rues de Tel-Aviv, trois jours avant la convocation des électeurs israéliens aux urnes pour renouveler la Knesset. Le rassemblement, décrit comme particulièrement dense par ses organisateurs, intervient dans une séquence politique où la figure du Premier ministre israélien cristallise à elle seule la fracture d’une société confrontée depuis plusieurs années à une crise de régime larvée. Pour les chancelleries de la région, du Caire à Riyad en passant par Amman, la lecture de ce moment électoral conditionne les hypothèses diplomatiques des prochains mois.
Un rendez-vous électoral qui prolonge une crise ouverte depuis 2019
Israël n’en est pas à sa première échéance législative à haut risque. Depuis avril 2019, le pays a enchaîné cinq scrutins anticipés en moins de quatre ans, séquence inédite dans l’histoire du régime parlementaire israélien. Chacune de ces consultations a été structurée par un seul clivage : pour ou contre le maintien de Benjamin Netanyahu, dirigeant du Likoud, à la tête du gouvernement. Les manifestations du samedi soir à Tel-Aviv, place Habima ou avenue Kaplan, sont devenues un rituel civique de cette période, régulièrement crédité de dizaines de milliers de participants par leurs promoteurs.
Le retour de Benjamin Netanyahu à la tête de l’exécutif, à la fin de 2022, à la faveur d’une alliance avec les formations d’extrême droite religieuse et nationaliste, avait ouvert une crise institutionnelle inédite autour du projet de refonte du système judiciaire. Dès les premiers mois de 2023, le pays avait connu l’une des plus vastes mobilisations citoyennes de son histoire, mêlant réservistes de Tsahal, cadres de la high-tech et magistrats. La mobilisation actuelle contre Netanyahu s’inscrit explicitement dans la continuité de cette séquence contestataire.
La question des otages, variable centrale de la contestation
Depuis le 7 octobre 2023 et l’offensive déclenchée dans la bande de Gaza, un nouveau front politique s’est ouvert à l’intérieur même d’Israël, autour du sort des otages détenus par le Hamas. Les familles concernées, organisées en forum, ont pris une place déterminante dans l’espace public israélien, en reprochant au cabinet dirigé par Benjamin Netanyahu de subordonner leur libération à des considérations de survie politique. Chaque samedi, les cortèges tel-aviviens juxtaposent revendications démocratiques, exigence d’un accord d’échange et appel à la démission du Premier ministre.
Cette convergence a profondément modifié la sociologie du mouvement anti-Netanyahu. Aux militants laïcs des quartiers aisés du centre et du nord de Tel-Aviv se sont ajoutés des pans de l’électorat du Likoud dont des proches figurent parmi les otages ou les soldats mobilisés. Le discrédit personnel du chef du gouvernement, dont le procès pour corruption se poursuit depuis 2020 devant le tribunal de district de Jérusalem, pèse également sur sa capacité à élargir sa base.
Un scrutin scruté de Riyad à Rabat
Pour les capitales arabes, l’issue du vote conditionne plusieurs dossiers stratégiques. La normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite, suspendue depuis l’automne 2023, dépend en partie du profil de la future coalition. Un gouvernement moins dépendant des partis de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben Gvir, figures de l’extrême droite nationale-religieuse, rouvrirait un espace diplomatique que les accords d’Abraham de 2020, signés avec les Émirats arabes unis, Bahreïn puis le Maroc, n’ont pas suffi à consolider.
Le Caire et Amman, liés à l’État hébreu par des traités de paix anciens, observent avec attention la pression de la rue israélienne sur la conduite de la guerre à Gaza et la gestion de la Cisjordanie. Toute évolution du rapport de force intérieur à Jérusalem peut peser sur les négociations de cessez-le-feu conduites sous médiation qatarie, égyptienne et américaine. Dans les pays du Maghreb, où la question palestinienne demeure structurante, l’affaiblissement électoral de Benjamin Netanyahu serait reçu comme un marqueur politique, sans pour autant garantir une inflexion rapide de la ligne israélienne.
Reste que le système électoral israélien, à la proportionnelle intégrale avec un seuil de 3,25 %, rend aléatoire toute projection ferme à partir d’une seule mobilisation urbaine. La fragmentation partisane, l’arithmétique des blocs et le poids des petits partis religieux ont, à plusieurs reprises déjà, démenti les pronostics tirés des places tel-aviviennes.
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