Dangote Refinery clôture son IPO sursouscrite jusqu’à quatre fois

View of a large oil refinery plant with intricate pipelines in Trzebinia, Poland.Photo : Jakub Pabis / Pexels

L’introduction en Bourse de Dangote Refinery s’est achevée mardi au Nigeria, au terme d’un placement de six semaines prolongé de deux semaines au-delà de la date initiale du 13 octobre. Fixé à 0,40 dollar l’unité, le titre a attiré, selon l’émetteur, des investisseurs issus de 120 pays, dont 54 sur le continent africain et des souscripteurs présents sur cinq autres continents. L’objectif initial, chiffré à 1,6 milliard de dollars, aurait été dépassé d’un facteur trois à quatre, ce qui placerait l’opération parmi les plus importantes jamais menées par un industriel africain hors secteur extractif.

Un signal fort pour la souveraineté énergétique africaine

La raffinerie du complexe de Lekki, aux portes de Lagos, affiche une capacité nominale de 700 000 barils par jour, ce qui en fait la première unité du continent et l’une des plus grandes au monde par site unique, aux côtés de Jamnagar, en Inde, exploitée par Reliance Industries et créditée d’environ 1,24 million de barils par jour. L’objectif annoncé de doubler la capacité nigériane rapprocherait ainsi Dangote Petroleum du leadership mondial dans l’aval pétrolier, un segment longtemps dominé par les majors occidentales et asiatiques. Pour un continent où, selon un rapport publié en avril par l’Africa Finance Corporation (AFC), plus de 70 % des produits pétroliers raffinés consommés sont encore importés, le symbole dépasse la seule performance industrielle.

Le déséquilibre est documenté de longue date. L’Afrique de l’Ouest importait jusqu’ici l’essentiel de son essence et de son gasoil depuis la zone Amsterdam-Rotterdam-Anvers, avec un surcoût logistique estimé à plusieurs dollars par baril. La montée en charge de Lekki, entamée au second semestre 2023, a déjà commencé à redessiner ces flux, en inversant partiellement la dépendance du Nigeria aux carburants importés et en poussant certains négociants européens à chercher de nouveaux débouchés. Un doublement de capacité viendrait amplifier cette recomposition, en particulier pour les marchés voisins du golfe de Guinée.

Une levée de fonds qui teste la profondeur des marchés nigérians

La sursouscription revendiquée par l’émetteur signale un appétit robuste pour les actifs industriels africains, dans un contexte où les flux d’investissements de portefeuille vers les économies subsahariennes restent irréguliers depuis les sorties massives observées en 2022 et 2023. Les investisseurs institutionnels locaux, caisses de retraite et assureurs, disposent au Nigeria d’une épargne longue estimée à plus de 20 000 milliards de nairas, en quête de supports libellés en devise forte ou indexés sur des revenus en dollars, ce que proposent les ventes de carburants.

À 0,40 dollar l’action, le ticket d’entrée a été calibré pour toucher une base très large de souscripteurs, y compris la diaspora. Reste à préciser le pourcentage du capital effectivement cédé, la valorisation retenue pour l’ensemble du groupe et la place de cotation définitive, autant d’éléments qui conditionneront la liquidité du titre et sa place dans les indices panafricains. Le régulateur nigérian des marchés aura également à se prononcer sur les conditions d’allocation entre souscripteurs locaux et étrangers.

« Les demandes d’investisseurs provenant de 120 pays démontrent l’intérêt international extraordinaire pour notre entreprise et la confiance que les investisseurs placent dans l’avenir de cette raffinerie », a déclaré Aliko Dangote dans un communiqué de la société.

Le pari kenyan et la nouvelle géographie du raffinage

Le volet financier de l’opération s’inscrit dans une stratégie continentale plus ambitieuse. En septembre, le groupe nigérian a lancé les travaux d’une seconde raffinerie à Lamu, sur la côte kenyane, pour un investissement annoncé de 16 milliards de dollars et une capacité projetée de 700 000 barils par jour, équivalente à celle de Lekki. Le délai d’achèvement avancé, compris entre 30 et 40 mois, placerait la mise en service autour de 2028-2029, à condition que le bouclage financier et les accords d’approvisionnement en brut soient sécurisés dans les délais.

Le choix de Lamu, port en eau profonde ouvert sur l’océan Indien et pièce maîtresse du corridor LAPSSET reliant le Kenya à l’Éthiopie et au Soudan du Sud, répond à une logique de couverture géographique. L’Afrique de l’Est demeure structurellement dépendante des importations en provenance du Golfe et de l’Inde. Une capacité locale de cette ampleur reconfigurerait les flux régionaux et placerait le groupe fondé par Aliko Dangote, dont la fortune personnelle dépasse les 35 milliards de dollars et dont les activités couvrent déjà le ciment, le sucre et les engrais, au cœur de l’industrie énergétique continentale pour la décennie à venir.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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