Fonds vert : Yaoundé décroche un financement inédit pour le cacao

Close-up of cocoa beans drying in rural Nigeria, showcasing natural texture and agricultural process.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

Le Fonds vert pour le climat (FVC) a franchi un cap institutionnel lors de sa 46e réunion, tenue en Corée du Sud. L’organe a approuvé un concours financier au Cameroun composé d’un prêt de 87,68 millions de dollars et d’un don additionnel de 9,74 millions, soit un engagement total de 97,42 millions, l’équivalent de 57,1 milliards de francs CFA. Pour la première fois depuis sa création, le fonds consent un prêt directement à un État sans l’entremise d’une banque multilatérale, une architecture jusqu’ici inédite dans ses opérations.

Un véhicule financier structuré autour du Fodecc

L’ensemble s’inscrit dans le programme RACINE, doté d’une enveloppe prévisionnelle de 241,52 millions de dollars, soit près de 141,6 milliards de francs CFA, sur six années de mise en œuvre. Le budget initial, fixé à 247 millions, a été légèrement raboté lors de l’instruction finale, la contribution du FVC ayant été ramenée de 100 à 97,42 millions. Le Minepat, ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, pilote le dispositif après avoir obtenu une accréditation spécifique auprès du bailleur coréen. L’exécution opérationnelle revient quant à elle au Fonds de développement des filières cacao et café (Fodecc).

La structure financière est atypique. Les ressources nationales, estimées à 99,10 millions de dollars et issues de la redevance prélevée sur les exportations de fèves et de grains, représentent 41 % du coût total, soit davantage que l’apport du Fonds vert lui-même. Un troisième pilier de 45 millions est attendu de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), mais sa concrétisation reste suspendue à une évaluation indépendante du système de subventions du Fodecc, qui devra être jugée « solide » ou « excellente ». La décision du conseil d’administration de CAFI du 18 décembre 2025 n’engage pas de versement automatique, et aucune confirmation d’attribution n’était établie au 29 octobre 2026.

Une réponse à la contrainte réglementaire européenne

RACINE répond à une pression commerciale précise. Le règlement européen contre la déforestation impose aux importateurs de prouver que le cacao et le café mis sur le marché communautaire ne proviennent pas de parcelles déboisées après fin 2020. Pour un pays dont l’Union européenne demeure le principal débouché, l’enjeu dépasse le climat et touche à l’accès au marché. Le programme finance en conséquence un système de traçabilité, la formation de 2 000 conseillers agricoles, l’extension des subventions versées aux producteurs, la distribution de bons électroniques pour les intrants et des plans agroforestiers déployés à l’échelle communale.

Les cibles affichées par le Minepat traduisent une ambition productive marquée. La production nationale de cacao, qui atteint environ 306 000 tonnes, devrait doubler pour approcher 600 000 tonnes à maturité du programme. Les rendements visés passent de 350 à 750 kilogrammes par hectare pour le cacao et de 220 à 600 kilogrammes pour le café, tandis que les pertes après récolte seraient ramenées de 18 % à 4 %. Les estimations du bailleur portent sur 2,8 millions de bénéficiaires et 15,7 millions de tonnes équivalent CO₂ évitées sur la durée.

Un précédent surveillé par les producteurs africains

Le choix camerounais intervient dans un paysage régional en recomposition. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui concentrent à eux deux près de 60 % de la production mondiale de cacao, ont jusqu’ici privilégié les intermédiations classiques via la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement pour accéder aux guichets climatiques. L’accréditation accordée au Minepat constitue donc un précédent institutionnel que les capitales ouest-africaines examineront de près, à l’heure où l’Union européenne a repoussé l’entrée en application pleine de son règlement anti-déforestation.

Reste que la portée réelle de l’opération dépendra d’inconnues substantielles. Le taux concessionnel du prêt, sa maturité et son éventuel différé d’amortissement ne figurent pas sur la fiche publique du programme. L’entrée en vigueur du contrat et la date du premier décaissement n’étaient pas confirmées fin octobre 2026, et l’historique du Fodecc, dont la trésorerie dépend des cycles d’exportation, pose la question de la régularité des apports domestiques. Pour un budget camerounais déjà sous surveillance du Fonds monétaire international, l’arrivée d’un nouvel encours souverain, même à conditions favorables, s’ajoutera à une trajectoire d’endettement que les autorités s’efforcent de contenir.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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